samedi, 24 juin 2017
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Homélies

Homélie 4ème dim. Carême, année A, 2017

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  • Publié le lundi 27 mars 2017 09:30
  • Écrit par Stephane LIGIER
  • 27 Mar

4e dimanche de Carême109B
Première Lecture : 1·Samuel 16.1, 6–7, 10–13
Psaume : Psaume 23
Deuxième Lecture : Éphésiens 5.8–14
Évangile : Jean 9.1–41

Homélie écrite et prononcée par M. Pierre Léouffre, diacre

Frères et sœurs,
Quelle heureuse coïncidence qu’en ce 4° dimanche de carême qu’on appelle le dimanche de la joie, nous nous retrouvions avec nos frères et sœurs de l’Association LCE, Association qui rassemble tous ceux qui sont concernés par la maladie, croyants ou en recherche pour qu’ils ne restent pas isolés ou désemparés.
Ensemble nous allons pendant quelques instants méditer les très beaux textes que la liturgie de ce jour nous propose et qui nous invitent à proclamer que Jésus est la lumière du monde et qu’il est Dieu.
Permettez moi pour commencer de vous raconter une brève histoire qui m’a été rapporté récemment et qui introduit parfaitement, me semble t il, notre méditation de ce dimanche :
Cela se passe dans le train Nice/Marseille, dans l'un des compartiments, un homme est assis en face de son fils. Le petit garçon se gifle sans arrêt. Toutes les trois minutes, il pousse un long cri d'angoisse difficile à supporter. Le père s'occupe de son fils - qui est donc handicapé mental profond - avec une grande tendresse, mais, dans son regard, on peut lire la douleur et la lassitude.
Arrêt à Toulon... Quatre marins montent et s'installent dans le compartiment. Le petit garçon, un instant calmé, recommence sa plainte gémissante. L'un des marins se lève et vient s'asseoir en face du petit. Il prend ses mains dans les siennes et le regarde dans les yeux. Aussitôt, un échange s'établit. Jusqu'à Marseille, il restera près du petit, prenant la relève du père qui le regarde avec gratitude. A Saint Charles, les deux hommes se serrent longuement la main, toujours sans parler, puis le marin reprend son sac et disparaît dans la foule.
Quelles paroles ont été prononcées ?... Aucune. Et pourtant, qui oserait dire qu’ils ne se sont rien dit ? Il y a donc un autre langage que celui des mots. Ce récit, en effet, est tout entier résumé- vous l'avez remarqué - dans des regards. Le marin a vu l'enfant, il a vu la douleur de son père, il a regardé l'enfant dans les yeux. Et en se quittant, les deux hommes ont échangé un regard qui en disait long.
Le regard, un certain regard. Voir ou ne pas voir, c'est-à-dire aimer ou ne pas aimer. Au niveau où je me place, être aveugle ou voir clair n'est pas une question de lésion de la rétine. On peut avoir une acuité visuelle et demeurer inapte à regarder, inapte à aimer. De la qualité de notre regard dépend la qualité de notre cœur.
Pas étonnant, n'est-ce pas, que Jésus ait si souvent parlé du regard ou de l'aveuglement ! Pas étonnant que lorsque le Christ a voulu se faire connaître comme sauveur, il se soit manifesté comme celui qui rend la vue aux aveugles. Pas étonnant que, dans l'évangile de ce dimanche, Jésus utilise la même image, la même réalité du regard et de l'aveuglement pour stigmatiser les Pharisiens, Scribes et Docteurs de la Loi. Vous prétendez guider les autres, mais vous êtes des aveugles. Votre savoir orgueilleux vous bouche la vue. Vos yeux sont bouffis de vos certitudes prétentieuses.
Mais remarquez bien, en mettant en cause les autorités juives, que Jésus dénonce la tendance instinctive de tout homme. Ne sommes-nous pas aveugles nous aussi de temps en temps ? Nos sociétés, est-ce qu'elles n'avancent pas souvent à l'aveuglette ? Est-ce qu'elles ne nous imposent pas des manières de voir toutes faites sur la vie, le bonheur, l'amour, la réussite ?
Que d'aveuglements devant la misère des gens, le partage des biens, les injustices ! La liste serait longue. On ne peut pas tout dire.
On ne peut pas tout dire... non, car la liste serait longue aussi, et heureusement, de ceux qui sont guéris de cet aveuglement, tous ceux dont les yeux ont été illuminés par le Christ. Ils ont appris à regarder leurs frères et le monde, comme le Christ les regarde.
La liste serait trop longue pour les évoquer tous. Mais, je ne peux omettre de citer, en ce carême, tous les catéchumènes, les adultes qui se préparent au baptême. Ils ont appris, ces années-ci, ces derniers mois, à ouvrir les yeux de façon toute nouvelle sur Dieu, sur Jésus, sur leurs frères.
Savez-vous combien de jeunes et d'adultes seront baptisés dans la nuit de Pâques, cette année ? 4911 dont un millier de jeunes de 13 à 18 ans ! ! Ils recevront le sacrement du baptême, le sacrement qu'on appelait autrefois le sacrement de l'illumination... Vous voyez que le miracle de la guérison de l'aveugle-né continue.
Mais nous aussi, nous sommes baptisés, nous avons reçu le sacrement de l'illumination, Qu'en avons-nous fait ? Il convient de faire de temps en temps un examen de contrôle de la vue (le carême est fait pour cela)... Contrôle pour déceler deux déformations possibles de l'œil :
-Est-ce que ton œil devient de plus en plus distrait ?... Attention, tu ne peux plus aimer.
-Est-ce que ton œil devient de plus en plus sévère ?... Attention, tu ne peux plus aimer.
-Si ton œil est distrait, tu ne peux pas aimer. C'est une maladie subtile, on s'en sert souvent comme excuse. Excusez-moi, je n'ai pas fait attention, j'ai été distrait. Ne pas faire attention, n'avoir jamais le temps, croiser d'un œil distrait les personnes, les situations. C'est une attitude qui rapetisse notre univers et rapetisse notre cœur.
Il est souvent question dans l'évangile de ce redoutable manque d'attention qui nous empêche d'aimer. « Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu avoir faim, avoir froid ?... Quand ? » Souvenez-vous de cet homme riche que Jésus dénonce, non parce qu'il a fait du mal à son voisin Lazare, mais parce qu'il ne l'a pas vu à sa porte. Décider d'aimer, c'est décider de faire attention aux êtres que l'on côtoie chaque jour.
Si le marin, dans le compartiment du train de Marseille, n'avait pas fait attention à cet enfant et à son père, voyez-vous ce qui aurait manqué à l'un et à l'autre ?
Si notre œil ne se guérit pas de cette maladie-là, de ce manque d'attention, notre cœur restera froid et le monde sera glacé.
Si ton œil est distrait, tu ne peux pas aimer.
C'était la première maladie de l'œil... Voici la seconde.
Si ton œil est sévère... Attention, tu ne peux pas aimer.
Un regard qui classe, qui juge, qui condamne, c'est un regard qui tue (on dit parfois : il m'a fusillé du regard). Ce regard dit bien plus vertement qu'une parole : «Il n'y a rien à faire avec toi ! » Cette maladie de l'œil empêche radicalement d'aimer puisqu'elle consiste à ne regarder que les défauts des autres, à être à l'affût des faiblesses des autres.
Votre belle-sœur est-elle appréciée ? Vous dites : « Elle cherche à se mettre en valeur. »
Votre voisin est-il gai, dynamique ?... Vous dites : « C'est un clown et superficiel avec cela. »
Oui notre regard est donc un regard déformant ; inconsciemment, on ne voit plus que le mauvais côté des gens. Et c'est la valse des étiquettes que nous connaissons bien : « Ce n'est qu'un arriviste, un ambitieux..., c'est un égoïste, une ratée. » On pourrait continuer l'énumération qui gangrène les relations.
Quel regard posons-nous sur les autres ? Oui, c'est important car l'amour passe par le regard. C'est tout l'Évangile. On pourrait relire l'Évangile en faisant attention au regard que Jésus pose sur les personnes.
Vous souvenez-vous d'un texte signé par le Père Decourtray à propos du regard de Jésus. Je le cite :
-Quand Jésus a vu la Samaritaine, il n'a pas vu en elle « qu'une femme légère, volage». Il lui demande un verre d'eau et il engage la conversation.
Quand Jésus a vu Zachée, il n'a pas vu en lui « qu'un fonctionnaire véreux », il s'invite à sa table et assure que sa maison a reçu le salut.
Quand Jésus a vu Judas, il ne lui a pas dit « Tu ne seras toujours qu'un traître », il l'embrasse et lui dit « mon ami ».
Voilà la nouveauté de l'Évangile... voilà le regard posé sur chacun de nous. Laissons-nous gagner par la contagion de ce regard, c'est la contagion de l'amour.
Frères et sœurs, mes chers amis,
Nous avons accepté cet examen de contrôle. Nous avons accueilli le diagnostic, il faut accepter maintenant l'ordonnance.
Pour nous guérir de ces deux maladies-là, nous savons à qui nous adresser. Jésus est celui qui guérit les yeux. Il faut donc tourner nos yeux vers le Seigneur et lui demander souvent :
« Seigneur, fais que je voie. »
En ce 4° dimanche de Carême appelé aussi dimanche de la joie, voulez-vous que ce soit notre prière cette semaine ? Alors, Vous verrez, le miracle de la guérison de l'aveugle-né continuera. Amen !

Homélie 3ème dim. Carême, année A, 2017

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  • Publié le dimanche 19 mars 2017 20:11
  • Écrit par Stephane LIGIER
  • 19 Mar

3e dimanche de Carême
Première Lecture : Exode 17.3–7
Psaume : Psaume 95.1–2, 6–9113C
Deuxième Lecture : Romains 5.1–2, 5–8
Évangile : Jean 4.5–42

Le mystère n'est pas qu'une glace!

Il est grand le mystère de la foi. Voilà ce que nous proclamons au cœur de chaque messe.
Qu’est-ce que peut bien signifier ce terme mystère ?
Il ne s’agit pas d’une énigme, d’une chose extérieure à nous-mêmes à laquelle nous ne pourrions pas accéder.
Le mystère chrétien n’est pas une énigme.
L’énigme est fermée sur elle-même, elle impose une solution et une fois la solution trouvée, nous sommes rassasiés et l’énigme meurt d’elle-même. Le mystère est une ouverture sans fin de sens, une ouverture à la vie et sans cesse qu’à la vie.
Nous pourrions parler d’énigme de la mort ou de la souffrance et de mystère de la naissance, du pardon, de l’espérance, mystère de la paix, mystère de la foi.
Le mystère n’est jamais fermé sur lui-même, il est comparable à un océan sans rivage ou à un puits sans fond.
Cette rencontre étonnante entre Jésus et cette femme relève du mystère, car cette rencontre est vitale bien entendu pour cette femme mais aussi pour le Christ.
Jésus est fatigué, il se retrouve seul car paradoxalement, ses disciples sont allés chercher de la nourriture.
Jésus se trouve donc dans deux situations que nous avons tous expérimenté : la fatigue et la solitude. Troublante énigme de l’humanité que cette fatigue, cet isolement et dans le même temps cette énigme peut se transformer en mystère : fatigue transformée en repos
et isolement en solitude.
Il rencontre cette femme qui vient puiser de l’eau à un horaire anormal, que lui arrive-t-il ?
Elle a honte, elle ne veut rencontrer personne surtout pas d’autres femmes, elle porte une souffrance qui la met à l’écart puisqu’elle évite une éventuelle rencontre en ce lieu de partage, de discussion.
Peut-être que sa vie n’est pas en règle à ses yeux, peut-être porte-t-elle un lourd fardeau lié à ses multiples unions, ces six hommes ont été peut-être six blessures profondes.
Elle partage nos blessures parfois si vives que nous n’osons plus rencontrer les autres.
Nous préférons rester enfermés sur nous-mêmes, surtout n’engager aucun dialogue, aucune parole ne nous semble assez juste pour expérimenter un quelconque pardon pour nous-mêmes.
Énigme de l’enfermement sur nous-mêmes, de l’exclusion, de la culpabilité malsaine qui pourrait se transformer en mystère de l’ouverture aux autres, de la communion, du pardon.
Et l’impensable se produit au lieu de la rencontre.
Le puits est le lieu de la demande en mariage dans la bible. Elle rencontre encore un homme, un homme seul, le septième.
Dans sa solitude, elle rencontre un juif seul, elle, la samaritaine, la femme. Mystère de la rencontre, de la communion.
Celui qui ouvre le dialogue, qui rompt le silence, qui rompt ces deux solitudes, c’est Jésus qui demande. Oui, Jésus demande, offre une prière, attends quelque chose d’elle.
Il s’agit de quelque chose de vital surtout à cette heure-là dans un pays si chaud : Jésus demande à boire. Étonnant retournement car normalement c’est à Jésus que l’on demande, c’est lui qui est capable de nous soulager, de nous donner le plus vital.
Non Jésus demande, quémande, prie cette femme de lui donner la vie.
Jésus vient sonder le mystère de cette femme, il vient puiser aux sources de sa vie.
Comme sur la croix, Jésus crie « j’ai soif », de quoi a-t-il tant soif ?
Il a soif de la vie et c’est au cœur de la mort qu’il réclame la vie.
Il nous fait passer de l’énigme absurde et insupportable de la mort à la réalité extraordinaire du mystère de la vie.
C’est au cœur de la mort de cette femme isolée, perdue, qui évite la rencontre, la parole, que le Christ vient réclamer la vie. Il réclame la révélation de son mystère.
Le Christ vient dans notre vie, non pas pour semer la mort, mais pour nous rejoindre jusque dans nos isolements, nos enfermements, notre péché pour nous réclamer la vie, pour retourner en nous ces si nombreuses énigmes, pour les convertir en mystère.
Le Christ vient en nous célébrer la pâque, il vient célébrer le passage de l’énigme de l’isolement au mystère de la solitude, de l’énigme de l’enfermement au mystère de l’ouverture, de l’énigme du péché au mystère de l’alliance, de l’énigme de la mort au mystère de la vie.
Il vient au cœur de nos fragilités, de nos peurs, de nos manques de pardon et d’amour, dans nos zones obscures pour réclamer la vie, pour que nous sachions accueillir les mystères de l’amour, de la confiance, de la réconciliation, de la solidarité et de la fraternité. Le temps du carême nous offre cette possibilité de laisser le Christ descendre dans nos puits si profonds, qui nous semble parfois tellement arides, tellement vides et secs, tellement énigmatique.
Il vient pour puiser l’eau du mystère qui peut jaillir de nous.
Le Christ peut toujours y puiser de l’eau vive, de l’eau de la vie quoi que l’on ait fait, quoi que l’on ait dit.
Lorsque nous disons que le Christ est descendu aux enfers dans le credo, nous ne disons pas autre chose. Le Christ descend au plus profond de nous-mêmes pour puiser de l’eau vive, pour puiser les mystères de l’espérance, de la foi et de l’amour partagé.
Si le Christ est capable de puiser de l’eau vive dans la profondeur de notre puits intérieur, c’est qu’il le fait chez d’autres. En le proposant à une femme pécheresse, une samaritaine, donc une hérétique maudite par les juifs, c’est bien le signe que les énigmatiques frontières de la religion, de la race, du sexe sont définitivement tombées.
Le mur de la haine est tombé comme le dit si bien saint Paul.
L’énigme de la différence qui nous fait parfois tellement souffrir a volé en éclat pour être transfiguré en mystère de l’autre.
L’autre devient pour chacun d’entre nous un mystère merveilleux qui nous ouvre à la vie, il n’est plus un ennemi potentiel, il est le frère dont le mystère jaillit en vie éternelle pour les autres et pour moi.
Ainsi depuis que le Christ Jésus est mort sur la croix, les vrais adorateurs sont apparus, en esprit et en vérité.
Ces vrais adorateurs sont tout simplement ceux qui acceptent d’entendre le Christ qui leur dit « donne-moi à boire ».
Ceux qui accueillent cette conversion profonde de la mort énigmatique en mystère de vie.
Ceux qui acceptent que le Christ découvre en eux cette eau de vie, une eau qui féconde, qui réconcilie, qui pacifie.
C’est une eau qui désaltère les autres, elle vient de nous, elle est révélée par le Christ qui la puise mais elle est destinée aux autres.
Elle est mystère de communion.
Que ce temps de carême nous offre la possibilité de laisser le Christ puiser en nous cette eau vive pour nos sœurs et nos frères en humanité.
Il est grand le mystère de Dieu, il est grand le mystère de l’humanité, il est grand le mystère de la foi !

Homélie 2ème dim. Carême, année A, 2017

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  • Publié le dimanche 12 mars 2017 12:44
  • Écrit par Stephane LIGIER
  • 12 Mar

2e dimanche de Carême069F
Première Lecture : Genèse 12.1–4
Psaume : Psaume 33.4–5, 18–20, 22
Deuxième Lecture : 2·Timothée 1.8–10
Évangile : Matthieu 17.1–9

Figure, trans-figure, dé-figure, re-figure

Donc si j’entends bien cet évangile, il semble que Jésus ait succombé à la tentation du diable, la dernière proposée la semaine dernière : le diable emmène Jésus sur une très haute montagne et lui propose de se prosterner devant lui pour obtenir tous les royaumes de la terre.
C’est vrai que Jésus monte sur une haute montagne mais ce n’est pas le diable qui l’y emmène.
Jésus s’y rend en compagnie de trois de ses disciples, comme s’il tenait à les faire participer.
Participer à quoi ? peut-être que Jésus, finalement n’a pas besoin du diable pour régner sur tous les peuples ? peut-être prend-il ces trois hommes avec lui pour flatter son égo et les voir se prosterner devant lui ?
L’épisode de la transfiguration n’est pas la réponse positive de Jésus au diable, il ne succombe pas à la volonté de toute puissance sur les autres, il ne manipule ni Pierre, ni Jacques, ni Jean pour se complaire de leur adoration.
Jésus les invite, nous invite à entrer dans son intimité de Fils avec son Père.
D’ailleurs les apôtres ne se prosternent pas devant Jésus mais en entendant la voix du Père.
Comme au baptême cette voix révèle l’identité la plus profonde de Jésus : être fils.
En ajoutant la notion cruciale de l’écoute. Désormais qui écoute le Fils, entend le Père.
Le Fils est parole de Dieu, après la lecture de l’évangile lorsque nous entendons : « acclamons la parole de Dieu », nous répondons : « louange à toi Seigneur Jésus », la parole de Dieu est le Christ-Jésus.
Et cette parole est transfigurée sur la montagne, comme elle a pris figure humaine à Noël, comme elle sera défigurée sur la croix et re-figurée lors la résurrection.
Étonnante parole de Dieu qui parcourt notre histoire humaine, notre vie humaine.
Peut-être traversons-nous en ce moment l’une ou l’autre de ces expériences.
Peut-être prenons-nous figure, un peu comme une nouvelle naissance, ou peut-être sommes-nous transfigurés en découvrant qu’il y a bien plus profond que notre apparence, ou encore traversons-nous de terribles épreuves qui nous défigure autant intérieurement qu’extérieurement voguant aux portes de la mort, ou peut-être vivons nous cette re-figuration, nous retrouvons ainsi la vie la plus profonde en nous, ce qui nous révèle humain, sœurs et frères du Christ, filles et fils de Dieu ?
Nous savons que ces différents moments de la vie se conjuguent subtilement, parfois péniblement sans être forcément bipolaires.
Mais le Christ nous permet avec lui de gravir la montagne, parfois celle de la transfiguration, parfois le mont Golgotha mais toujours la montagne de la vie.
Ce carême pourrait être un temps pour observer ce que nous vivons intérieurement et pour accueillir le Christ qui nous y accompagne.
Et comme il est Fils, il est aussi frère, il ne se déplace jamais sans sa fratrie, comme ici avec Pierre, Jacques et Jean.
Le Christ ne fait pas malgré nous et il ne fait pas sans nous. Le Christ ne nous gouverne pas tel un tyran en manque de pouvoir mais avec nous il construit cette fratrie réconciliée et vivante signe du Royaume.
Une fratrie qui prend figure à Noël, qui est parfois transfigurée pour témoigner de l’amour du Père, qui traverse les ravins de la mort et est alors défigurée mais qui espère le Royaume, la résurrection pour reprendre figure, pour reprendre vie.

Homélie 1er dim. de Carême, année A, 2017

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  • Publié le dimanche 5 mars 2017 13:32
  • Écrit par Stephane LIGIER
  • 05 Mar

1er dimanche de Carême053C
Première Lecture : Genèse 2.7–9; 3.1–7
Psaume : Psaume 51.3–6, 12–14, 17
Deuxième Lecture : Romains 5.12–19
Évangile : Matthieu 4.1–11

Epreuves...

Peut-être avez-vous déjà lu quelques albums de Tintin. Milou son chien est souvent en prise à faire des choix et Hergé s’amuse à dessiner un Milou diablotin et un Milou ange pour montrer combien ce chien hésite entre le bien ou le mal.
Nous pouvons vivre ce genre de situation, hésiter entre le bien et le mal mais le plus souvent, nous ne savons pas trop quel chemin prendre, quelle attitude adopter, quelle parole prononcer, quel acte poser.
Sur le moment, nous ne percevons pas un diablotin et un angelot se quereller au-dessus de notre tête.
C’est avec du recul, avec de la réflexion, avec une profonde relecture que nous discernons nos justes réponses, nos fragilités, nos mensonges, nos péchés, nos erreurs, nos belles attitudes.
À l’image d’Adam et Ève dont les yeux s’ouvrent après avoir consommés le fruit défendu.
Jésus au désert tenté par le diable n’est pas du tout dans ce mode de fonctionnement.
Il est éprouvé par le diable, le diviseur car il est homme.
Il le sera de manière violente et radicale sur la croix. Mais le diable n’a aucune chance devant le Christ, il ne s’agit pas d’un combat à force égale entre le bien et le mal, il n’y a aucun manichéisme dans cet évangile.
Jésus est vainqueur du mal, de la mort en chacune de ses fibres parce qu’il est le fils de Dieu.
Le diable ne peut pas vaincre l’amour absolu, ne peut pas avoir de prise sur lui c’est la belle image de la résurrection, la mort ne détruira rien du Christ même les plaies du crucifié sont glorifiées.
Alors pourquoi, l’évangéliste écrit-il ce passage puisque le combat du diable est perdu d’avance contre Jésus ?
Il me semble que Matthieu veut nous dire plusieurs choses. La tentation ou plutôt l’épreuve fait partie intégrante de notre humanité.
Adam et Ève ont vécu cette épreuve avec l’arbre interdit, le Christ au cœur même de son humanité, avant de commencer sa vie publique a vécu cette épreuve et nous-mêmes avons vécu, vivons et vivrons des épreuves.
Il s’agit d’accueillir cette profonde fragilité humaine qui fait que nous ne sommes pas des super héros ni des espèces de blocs de marbre que rien ni personne ne peut atteindre.
Le Christ en vivant ces épreuves au désert dit notre identité humaine.
Il faut nous dégager de ce qui divise en nous, ce qui littéralement nous diabolise, ce qui fait que nous voulons échapper à notre humanité.
Voilà le cœur du combat en chacune et chacun d’entre nous, accueillons-nous nos fragilités, nos épreuves, nos tentations ou choisissons-nous de les fuir, les ignorer, d’y succomber, d’être submergé par tout ce qui nous déshumanise ?
La première épreuve est celle de l’auto-satisfaction.
Le Christ a faim donc il peut s’auto-satisfaire avec un bon tour de magie en transformant les pierres en pain.
Quelles sont nos faims ? Quels sont nos désirs ? Tous ces signes de nos fragilités, de nos attentes. Comment les laissons-nous creuser en nous le désir ?
Ne sommes-nous pas tentés de les satisfaire toutes, maintenant avec nos propres forces pour quelques satisfactions égoïstes ?
Se nourrir de la Parole, c’est accueillir ces faims, ces désirs, les approfondir pour les offrir aux autres.
Le Christ multipliera les pains dans le désert mais pour une foule affamée et non pour lui-même.
Multiplions nos désirs, nos faims, signes de notre fragilité non pas pour les assouvir instantanément mais pour nous donner aux autres.
Notre fragilité est bien d’accueillir l’autre qui m’aide à grandir dans le désir.
La deuxième épreuve est celle où nous manipulons Dieu.
Dieu est dans notre main, il doit exécuter nos ordres.
Il est comme sculpté à notre image, nous savons ce qu’il pense, ce qu’il doit faire ou dire.
Dieu devient notre marionnette, un Dieu prêt à l’emploi.
Cette fragilité en nous est liée, cette tentation est celle de ne pas accepter d’être façonné à l’image et à la ressemblance de Dieu.
Nous n’acceptons pas d’aimer librement, de donner sans retour, de libérer l’oppressé, de rendre la vie, de construire la paix.
Nous acceptons mal d’entrer dans cette ressemblance de Dieu.
Notre fragilité est bien d’accepter d’être fille ou fils de Dieu, façonné à son image et à sa ressemblance.
La troisième épreuve est la domination du monde. Le Christ est placé par le diable sur une haute montagne pour asservir le monde et non le servir.
Notre fragilité, notre tentation n’est-elle pas souvent de dominer l’autre, de le faire plier pour que peu à peu il soit notre esclave, pour que notre sentiment de toute puissance s’exprime ? Notre fragilité est bien celle d’Ève et d’Adam, vouloir être comme des dieux, en tout cas bien supérieurs aux autres !
Le Christ ne montera sur une montagne que pour nous donner les béatitudes, puis il lavera les pieds de ses amis. Lavement des pieds et béatitudes sont les deux identités du disciple-missionnaire.
Notre fragilité est bien de reconnaître en chaque femme, en chaque homme, une sœur, un frère du Christ.
Sœurs et frères, nos fragilités sont là, nos tentations aussi : l’autosatisfaction,
le refus de Dieu libre, créateur et sauveur,
le refus des autres comme sœurs et frères.
Mais si nous gardons au cœur durant ce Carême ce superbe verset de Paul, alors le chemin est bien ouvert : « Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » Rm 5,20

Homélie 7ème dim. TO année A, 2017

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  • Publié le dimanche 19 février 2017 15:33
  • Écrit par Stephane LIGIER
  • 19 Fév

7e dimanche ordinaire121A
Première Lecture : Lévitique 19.1–2, 17–18
Psaume : Psaume 103.1–4, 8, 10, 12–13
Deuxième Lecture : 1·Corinthiens 3.16–23
Évangile : Matthieu 5.38–48

Nous tendrons l'autre joue dans le Royaume

Comment c’est le Royaume de Dieu ?
Comment ça se passe après la mort ?
Il n’est pas rare que l’on me pose ces questions. Dans la tête de nombreuses personnes les prêtres sont les spécialistes de la vie après la mort, de l’au-delà avec les voyants, les moines tibétains, les cartomanciens, les astrologues, toutes ces personnes qui semblent être branchées directement sur cette vie après la mort, connectées spirituellement.
Dans l’Église catholique les prêtres ne sont pas plus professionnels en ces matières qu’un autre chrétien. Nous connaissons quelques images pour illustrer le Royaume de Dieu. Mais ce sont des images qui expriment une réalité qui nous échappe toutes et tous.
Il me semble que l’évangile d’aujourd’hui nous en présente quelques-unes.
En effet, le discours du Christ est celui de l’espérance. L’espérance n’est pas l’espoir avec une surcouche religieuse.
Les deux termes ne sont pas synonymes.
L’espoir fait vivre parait-il, c’est possible.
L’espoir c’est notre capacité à nous projeter dans l’avenir, à mettre en place des projets pour les semaines, les mois et les années à venir.
L’espoir peut aussi être un ensemble de valeurs que nous donnons à nos enfants pour qu’ils se construisent dans l’avenir.
L’espoir est donc fragile car il est un élan que nous lançons dans un futur plus ou moins proche composé d’évènements, de situations heureuses ou tragiques que nous maîtrisons peu ou pas du tout.
Peut-être que certains de nos espoirs de jeunesse se sont réalisés mais sûrement beaucoup n’ont pas vu le jour car la vie, notre histoire ne l’ont pas permis.
L’espérance chrétienne et juive ne vient pas de nous et elle n’est pas une projection dans l’avenir.
L’espérance du croyant nous vient de l’avenir, est forgée par le Royaume.
C’est la foi en une vie plus forte que la mort, cette foi en l’au-delà de la mort qui forge notre espérance actuelle.
Le Christ nous dit qui est le Royaume et non pas ce qu’est le Royaume.
La phrase « si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre » est sûrement l’une des plus connues de l’évangile et bien souvent utilisée pour se moquer du Christ ou des chrétiens.
Nous-mêmes, sommes souvent déstabilisés par cette idée.
Il est déjà tellement difficile de respecter la loi du talion « œil pour œil, dent pour dent ».
Nous le voyons dans les conflits entre pays ou continents, nous l’expérimentons dans notre propre vie, lorsque nous avons été blessés, meurtris, notre désir est la vengeance puissance dix et non pas identique en tout point à l’offense, alors basculer dans le fait de tendre l’autre joue…
Pourtant il s’agit là d’un commandement du Christ.
Et le Christ continue, si quelqu’un prend ta tunique, donne-lui ton manteau, si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas fais en le double, à qui te demande, donne et ne refuse pas à celui qui veut t’emprunter !
Et le summum : il nous faut aimer nos ennemis et prier pour ceux qui nous persécutent.
Il s’agit donc de vivre ces commandements du Christ pour être parfait comme notre Père l’est !
Le Christ nous décrit, nous présente le Royaume des cieux !
Il ne s’agit pas de « dormir dans le paradis blanc
Où les nuits sont si longues qu'on en oublie le temps » comme le chantait si bien Michel Berger.
Le Christ ne nous décrit pas un lieu mais une personne, sa propre personne, une relation, sa propre relation.
Le Royaume sera nos relations entièrement pacifiées, réconciliées, données aux autres.
Il n’y a pas de Royaume sans les autres, il n’y a pas de Royaume sans nos ennemis, sans nos oppresseurs.
Le Royaume n’est pas un club de copains d’où serait évacué celles et ceux qui nous ont fait tant de mal.
Le Royaume est notre vie continuée où toutes nos relations même les plus violentes, même les plus terribles, même les plus impardonnables seront réconciliées, transfigurées.
Le Christ ne nous offre pas de l’espoir pour l’avenir, il nous dévoile une espérance à la hauteur de sa vie, une espérance qui nous vient du Royaume.
Il nous donne cette espérance pour notre vie concrète, réelle, celle d’aujourd’hui pour que le Royaume soit déjà en germe dans le monde, pour que sa présence soit effective dans le témoignage de notre communauté.
Dans la foi et l’amour donné, témoignons de cette espérance concrète du Christ vivant en tendant l’autre joue à l’autre, en donnant notre manteau à l’autre, en faisant deux mille pas avec l’autre, en aimant nos ennemis et en priant pour nos persécuteurs !

Malijai

Chateau Arnoux

Les Mées

St Auban

Peyruis

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