vendredi, 20 janvier 2017
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Homélies

Homélie Épiphanie 2017

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  • Publié le dimanche 8 janvier 2017 18:14
  • Écrit par Stephane LIGIER
  • 08 Jan

Épiphanie040B
Première Lecture : Isaïe 60.1–6
Psaume : Psaume 72.2, 7–8, 10–13
Deuxième Lecture : Éphésiens 3.2–3, 5–6
Évangile : Matthieu 2.1–12

Avec les Mages et Sheila, chantons!!!

Comment fêter l’épiphanie sans avoir en tête la chanson de Sheila! Rien qu’en l’évoquant, l’air nous revient et l'image de la chanteuse à couettes dansant sur un thème éminemment biblique.
Voici les paroles du refrain :
"Comme les Rois Mages en Galilée
Suivaient des yeux l´étoile du Berger
Je te suivrai, où tu iras j´irai
Fidèle comme une ombre jusqu´à destination"

Il ne s’agit sûrement pas de la meilleure interprétation biblique mais certaines expressions de cette chanson peuvent nous éclairer.
Sheila fait sûrement allusion à un homme qu’elle aime: « je te suivrai où tu iras j’irai, fidèle comme une ombre jusqu’à destination »
Elle compare donc cet amour à l’étrange visite des Mages à ce bébé né à Bethléem.
Elle les fait venir de Galilée alors qu’ils viennent de bien plus loin, d’Orient nous dit Matthieu.
Sheila leur donne le titre de rois alors que Matthieu n’en fait rien, il s’agit de Mages dont nous ne connaissons pas le nombre d’ailleurs.
La tradition leur donnera le titre de rois, leur donnera même des noms : Melchior, Balthazar et Gaspard.
Certaines traditions leur donneront même des origines différentes pour bien insister sur l’universalité du salut.
Mais là où Sheila nous dit quelque chose de théologique et de profondément spirituel, c’est que ces hommes sont habités par un réel désir comparable au désir amoureux et même à la passion.
Ils ont su lire dans les astres et suivre durant un long chemin une étoile les guidant non pas d’abord vers Jésus mais vers ceux qui savent où le messie roi doit venir.
Et ce sont les savants juifs de l’époque qui les renseignent.
Ce sont donc des païens, des non-juifs qui viennent pour se prosterner devant un bébé qu’ils reconnaitront comme roi avec l’or, comme Dieu avec l’encens et comme Dieu s’incarnant dans la vie humaine avec la myrrhe qui servait à embaumer les morts.
Étrange paradoxe, puisque des païens qui ne connaissent a priori rien à la fois juive révèlent sa profondeur et son attente depuis des siècles à des spécialistes de la foi juive qui eux n’éprouvent aucun désir de déplacement, pourtant Jérusalem n’est pas loin de Bethléem.
Le seul à évoquer ce désir de déplacement est Hérode mais nous savons par Matthieu que c’est pour tuer cet enfant qui risque bien de le détrôner.
Cet évangile est donc celui du désir, de la passion de la rencontre pour des hommes qui a priori ne portaient pas cette espérance.
C’est aussi l’évangile du non désir, du non déplacement, les scribes et les intellectuels de l’Écriture sont tranquillement installés dans leur connaissance et jugent les autres de haut comme s’il s’agissait d’un délire de voyageurs en mal d’aventures.
Enfin cet évangile est aussi celui du désir mortifère, celui d’Hérode.
Un désir de pouvoir unique à tenir par la violence et la mort, près à écraser celui qui pourrait lui voler la place.
Matthieu nous présente donc le désir incroyable des Mages pour rencontrer le Christ et subtilement il nous dévoile à la fin de l’évangile, qu’une fois ce désir comblé, les mages repartent par un autre chemin.
Bien entendu pour ne pas avoir à rendre des comptes à Hérode mais cet autre chemin est aussi le signe que lorsque nous avons rencontré le Christ notre désir n’a pas été comblé mais qu’il est comme transfiguré, ce que nous pourrions appeler la conversion.
En désobéissant à la demande d’Hérode, les mages refusent le désir de mal, le désir de mort, le désir de toute puissance.
Ils prennent un autre chemin car leur désir de rencontrer le Christ a été transfiguré en désir de vie.
En ce moment même nous vivons de désirs et particulièrement celui de continuer à rencontrer le Christ, sinon nous serions rester bien au chaud à la maison.
Mais le fait que nous soyons venus à cette messe est le témoignage fort de notre désir de rencontrer le Christ.
Alors bien entendu nous sommes sans cesse traverser par des désirs contradictoires, peut-être qu’en ce moment nous n’avons aucun désir, nous voulons rester bien tranquilles dans nos jugements de valeurs, dans nos vagues impressions à propos du Christ, de l’Église, de la Bible, des autres à l’image de ces scribes bien installés et qui auront raté le déplacement de leur vie.
Peut-être aussi sommes-nous traversés par des désirs de mort, de toute puissance, de mensonges pour mieux manipuler, pour tuer le Christ en nous, lui qui nous oblige tant à la conversion.
Mais nous sommes ici, dans cette église, nous avons vécu un déplacement, et peut-être que pour certains c’est aussi compliqué que pour les Mages.
Ce déplacement dit notre attachement au Christ, alors par quel chemin allons-nous rentrer chez nous ?
Bien entendu par le même par lequel nous sommes venus, mais par quel chemin intérieur allons-nous repartir ?
Le Christ viendra-t-il convertir nos désirs, viendra-t-il les transfigurer ?
Tous nos non-désirs, tous nos désirs de mort seront-ils convertis en désir de vie pour nous-mêmes et pour les autres ?
J’entendais une jeune femme qui se prépare à la confirmation dire: "après la messe du dimanche, je me sens en paix, toute la journée est transformée."
Avec son expérience, elle disait simplement cet autre chemin parcouru.
Et finalement Sheila nous indique peut-être un autre chemin avec la fin de sa chanson :
"Plaise au ciel que s´ouvrent les nuages
L´éclaircie dévoile le chemin
Plaise au ciel qu´au terme du voyage
Son triomphe soit le mien"
Notre triomphe est celui du Christ donnant sa vie sur la croix, invitation à donner la nôtre à nos sœurs et à nos frères en humanité.

Homélie 1er janvier 2017, Marie mère de Dieu

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  • Publié le lundi 2 janvier 2017 09:51
  • Écrit par Stephane LIGIER
  • 02 Jan

Sainte Marie, Mère de Dieu (Journée mondiale pour la paix)042A
Première Lecture : Nombres 6.22–27
Psaume : Psaume 67.2–3, 5–6, 8
Deuxième Lecture : Galates 4.4–7
Évangile : Luc 2.16–21

Marie, mère de Dieu en quoi cela nous concerne? 

Tout ce qui est rare est cher,
Or un cheval à trois pattes est rare
Donc un cheval à trois pattes est cher.
Nous avons peut-être déjà entendu ce syllogisme attribué à Socrate.
Nous pouvons en construire un à propos de ce 1er janvier où nous célébrons Marie mère de Dieu.
Jésus est le Fils de Dieu
Marie est la mère de Dieu
Donc Marie est la grand-mère de Jésus.
Ce syllogisme aussi fou que celui du cheval à trois pattes, nous indique qu’il ne faut pas croiser les dogmes entre eux et que chacun prend sens en lui-même, autant celui de Jésus fils de Dieu que celui de Marie, mère de Dieu.
Il s’agit d’ailleurs d'un des plus anciens dogmes promulgués par l’ensemble des chrétiens.
« Marie, Mère de Dieu », voilà le titre le plus ancien que l’on ait donné à la vierge Marie.
Comme tous les dogmes, nous sommes invités à contempler d’abord le Christ, la Trinité, puis notre vie en Église et dans le monde.
Marie nous dirige toujours vers son Fils. Elle n’est pas médiatrice, le seul et unique médiateur est son Fils, elle entre dans l’intercession de son Fils.
Cette affirmation : « Marie mère de Dieu » nous évite au moins deux écueils.
D’abord le fait de penser que Jésus n’est pas Dieu ou qu’il a perdu sa nature divine en devenant homme. Jésus est toujours resté le même en parcourant les routes humaines, pleinement homme, pleinement Dieu.
Non pas un Dieu distant, une espèce de grand horloger du monde, éloigné, mais Dieu qui partage notre condition humaine en son essence.
Il est venu en notre chair pour nous apprendre, non pas à devenir des petits dieux, mais à devenir pleinement homme.
Ainsi il n’y a pas eu dégradation pour Dieu en prenant la condition humaine, il n’y a pas eu chute de Dieu.
Notre condition humaine est désormais élevée au rang de sa dignité divine.
Échange admirable, alliance irrévocable entre notre nature humaine et sa nature divine scellée dans sa mort et sa résurrection.
Deuxième écueil que ce titre de Marie nous permet d’éviter : Marie est bien mère de Dieu en tant que mère de Jésus.
Je vous donne peut-être l’impression de faire de la logique puérile et pourtant nous sommes parfois mal à l’aise avec la notion de Trinité.
Marie n’est pas la mère du Père comme elle n’est pas la mère du Saint-Esprit.
Se le redire peut éviter des confusions graves ou des notions théologiques approximatives.
En effet le modalisme est une pensée qui traîne toujours. Le modalisme c’est penser que Dieu a utilisé des manières d’être suivant les époques de notre histoire.
Dieu aurait été sous le mode du Père pour les juifs avec l’ancien testament, sous le mode du Fils lors de son incarnation et sous le mode du Saint-Esprit aujourd’hui pendant le temps de l’Église.
Ce genre de discours ou de théorie peuvent traîner dans notre tête, et là ce n’est pas grave mais plus embêtant dans certains mouvements d’Église ou certaines communautés.
Dieu est alors uniforme et unitaire, il se présente à nous sous des apparences différentes selon nos périodes historiques.
Ce titre de la Vierge nous permet de distinguer les personnes de la Trinité.
Ainsi lorsque le Fils, Jésus est déposé dans la mangeoire à Bethléem, le Père et le Saint-Esprit l’accompagnent mais ce ne sont pas eux qui sont déposés dans la mangeoire. Sur la croix, ce n’est ni le Père, ni le Saint-Esprit qui meurent mais bien le Fils.
Et lorsque le Fils se retire pour prier, il ne se prie pas lui-même, il retrouve son Père dans l’intimité du Saint-Esprit.
Lorsque nous prions nous-mêmes, ce n’est pas nous qui crions Abba comme le dit si bien Paul dans la lettre aux Galates, c’est le Fils qui prie en nous son Père dans le dynamisme de l’Esprit Saint.
C’est le Christ Jésus qui nous révèle en totalité qui est le Père et qui est le Saint-Esprit.
Le Christ est au centre de l’histoire de l’humanité, comme il est à son commencement et sera à son terme.
Nous pouvons dire cela de l’histoire de l’Église comme de notre histoire personnelle.
Le titre de « mère de Dieu » donnée à Marie permet à l’Église de rester à sa juste place. L’Église n’a pas enfanté le Christ, elle reçoit tout de lui et elle le reconnaît comme son époux et non comme son Fils.
L’Église est invitée sans cesse à être servante du Seigneur et est appelée à se convertir en célébrant la liturgie,
en annonçant la parole par la catéchèse et en exerçant la charité par l’amour donné à toute femme et à tout homme.
L’Église n’est pas une hiérarchie dont nous serions exclus, comme elle n’est pas une espèce de chose divine et impalpable.
L’Église c’est l’assemblée convoquée par le Christ pour témoigner de lui, l’Église c’est nous qui en sommes les membres par le baptême et la confirmation.
Et Marie bien entendu est un modèle pour l’Église, son écoute attentive,
sa patience aimante, l’attachement à son Fils,
sa capacité à retenir et à méditer l’histoire du Salut qui arrive dans sa vie.
Entrons dans cette démarche de Marie qui fait partie du peuple du Père, qui a porté le corps du Christ et est ainsi devenue Temple de l’Esprit.
Et pour nous personnellement, que signifie ce titre de mère de Dieu.
Il nous resitue tous comme fille et fils de Dieu. C’est le plus grand désir du Christ
que nous devenions tous ses sœurs, ses frères.
Que nous composions un peuple de frères,
que nous participions à son même sang donné à tous,
que nous devenions des filles et des fils de Dieu.
Ses sœurs, ses frères se sont ceux qui écoutent la Parole, en l’écoutant ils en vivent, en en vivant, ils la proclament, devenant solidaires du monde,
artisans de paix et de toutes réconciliations, témoignant de l’amour insatiable,
passionné et engagé du Père pour notre monde.
C’est cela être engagé dans le dynamisme de l’Esprit Saint.
Jésus est resté éternellement le Fils pour nous montrer notre propre chemin. Il est indispensable, même si nous sommes père, mère, grands-parents
de nous reconnaître fils et filles d’un même Père. L’adage : « tu seras un père, un jour mon fils », ne fonctionne pas pour le Christ.
Jésus est encore aujourd’hui le Fils, il ne tuera jamais le père,
il ne prend et ne prendra jamais la place de son Père pour nous ré apprendre à être filles et fils.
Par le baptême, nous sommes et nous restons fille et fils d’un même Père.
Cette filiation nous décentre de nous-mêmes, nous invite à toujours grandir,
nous fait entrer dans l’Espérance du salut plongé en une fraternité universelle.
Nous nous reconnaissons alors aimé et soutenus par notre Père.
Ce Père nous donne des sœurs et des frères que nous ne nous sommes pas choisis.
Nous ne sommes plus les auteurs de notre croissance, nous ne sommes plus le principe de nos choix et
c’est paradoxalement à ce moment-là que notre liberté est la plus grande.
Le Père veut faire de nous des filles et des fils libres grâce au Christ plongés dans l’Esprit-Saint.
Marie est bien mère de Dieu
parce qu’elle nous centre sur la personne de son Fils,
parce qu’elle nous ouvre à la communion de la Trinité par son Fils,
parce qu’elle nous insère dans la communauté des filles et fils de Dieu, sœurs et frères du Christ,
parce que notre vie personnelle devient une offrande pour que nous soyons libres par le Christ dans l’Esprit.
Alors bonne année en Terre Promise, cette terre de liberté, cette terre de salut.

Homélie Noël 2016

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  • Publié le lundi 26 décembre 2016 09:52
  • Écrit par Stephane LIGIER
  • 26 Déc

Messe de la nuit042C
Première Lecture : Isaïe 9.1–3, 5–6
Psaume : Psaume 96.1–2, 2–3, 11–12, 13
Deuxième Lecture : Tite 2.11–14
Évangile : Luc 2.1–14

Les potes de Jésus? 

«Ce sont les potes de Jésus!» C’est l’exclamation, il y a quelques jours, d’un enfant de CE1 au caté lorsqu’il a vu un dessin des bergers venant adorer Jésus.
Les potes de Jésus, l’expression est peu académique et provocatrice pour faire rire justement les potes du caté mais est-elle si éloignée de la réalité ?
De la réalité de cette nuit qui pourrait être si éloignée de nous ?
De la réalité de cette messe passée ensemble ?
De la réalité de notre vie ?
Qui sont-ils ces potes de Jésus ?
Faut-il être berger pour être pote de Jésus ?
Et comment peuvent-ils être potes d’un bébé qui vient de voir le jour ?
Voyons peut-être en premier lieu l’étymologie de ce mot: pote.
L’enfant de CE1 ne savait pas que ce mot est utilisé depuis la fin du XIXème siècle.
C’est l’abréviation simplement du mot poteau, du pilier.
Le pote est celui sur lequel nous pouvons nous appuyer et, en argot, il s’agit du chef de bande.
Alors comment pouvons-nous nous appuyer sur un bébé déposé dans une mangeoire ?
Comment peut-il être reconnu comme chef de bande ?
Nous avons sûrement toutes et tous fait l’expérience touchante de regarder un bébé dormir.
Il émane de lui une paix incroyable alors qu’il est sans défense, qu’il est à protéger, que le monde dans lequel il est inscrit ne lui épargnera sûrement rien !
Mais nous avons toutes et tous en le regardant, en l’admirant, cette profonde notion de paix.
Il a même pu nous arriver d’être apaisés par le sommeil d’un bébé alors que nous étions énervés, fatigués, angoissés, révoltés.
Ce bébé si apaisé en dormant est devenu sans le vouloir notre pote, celui sur lequel nous nous sommes appuyés pour accueillir la paix
et nous débarrasser de cette non paix en nous.
Les chrétiens croient profondément que la nuit de Noël est l’accueil du prince de la paix, le Christ Jésus.
Il n’est pas prince dans le sens de fils d’un roi mais principe de la paix.
Toute paix repose en lui, émane de lui, il est bien le pote sur lequel nous pouvons nous appuyer.
Cette paix qui nous est donnée sur la paille de la crèche sera la même donnée sur le bois de la croix.
Le Christ prince de la paix ne prendra jamais les armes, n’acceptera jamais la violence, ne se laissera jamais influencer par le monde où règnent menaces, peurs, morts, souffrances, désir de pouvoir, exclusion, racisme…
Le désir du Christ depuis la crèche jusqu’au don de sa vie sur la croix et le tombeau ouvert, sera le désir de Dieu,
offrir la paix pour toutes les femmes et tous les hommes.
Et pour que nous le comprenions, que nous en fassions l’expérience humaine, Dieu a choisi d’être déposé tel un bébé
entre ses parents afin que nous devenions ses potes.
En devenant ses potes, nous recevons de lui la paix.
Peut-être ce soir certaines ou certains ne sont pas en paix car agacés par mes propos, par cette messe qui n’en finit pas, par l’un ou l’autre des invités, par le fait d’être seul en ce soir de Noël, par l’inquiétude profonde de la santé d’un proche,
par le décès d’une personne aimée, par les évènements terribles de notre époque, particulièrement en Syrie mais aussi en Afrique noire et d’autres pays du monde.
De nombreux événements peuvent nous déstabiliser profondément, peuvent nous agiter, nous angoisser, nous donner l’impression d’être submergés, ne pas nous laisser en paix.Ce sont justement en ces lieux si mal famés en nous que le Christ Jésus vient déposer sa paix. Pour paraphraser Isaïe dans la première lecture, le Christ vient nous désarmer de toutes ces paroles tranchantes, de ces émotions mortelles, de ces actes inavouables que nous portons et qui nous agitent tant. 

Voilà que nos bottes de guerre qui frappaient le sol, et nos manteaux couverts de sang sont brûlés par l’amour de Dieu.
La trêve de Noël est à souhaiter entre des pays mais elle est à accueillir en chacune et chacun d’entre nous car elle devient le grand et beau signe que nous sommes transfigurés en potes du Christ.
Cette paix que le Christ nous offre est capable de pardon partagé, de réconciliation profonde, d’amour donné et reçu,
de gestes de solidarité, d’accueil du plus pauvre, de l’étranger, de la différence.
Nous ne croyons pas en un Dieu puissant, qui écrase, oppresse, prend les armes pour gouverner, manipule l’humanité. Ce Dieu tyran, colérique, violent, dénoncé par Isaïe qui nous oppresse doit mourir en nous pour laisser place à un Dieu fragile qui se révèle dans le sommeil pacificateur d’un bébé.
Nous croyons en un Dieu fragile qui se donne dans la paix d’un nourrisson lorsqu’il a fermé les yeux pour dormir.
Nous sommes bien les potes de Jésus mais bien plus il est notre pote, celui sur lequel nous pouvons nous appuyer pour accueillir sa paix.
Et ainsi nous pourrions dire avec le père Zundel : “Je crois à la fragilité de Dieu parce que, s’il n’y a rien de plus fort que l’amour, il n’y a rien de plus fragile.
Dieu fragile, c’est la donnée la plus émouvante, la plus bouleversante, la plus neuve et la plus essentielle de l’Évangile :
un Dieu fragile est remis entre nos mains. “
Maurice Zundel, Un autre regard sur l’homme, Le Sarment-Fayard, Paris, 196, p. 125 (cité par Denis Trinez, p. 88)

Homélie 3ème dim. Avent, année A, 2016

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  • Publié le dimanche 11 décembre 2016 18:44
  • Écrit par Stephane LIGIER
  • 11 Déc

3e dimanche de l’Avent023A
Première Lecture : Isaïe 35.1–6, 10
Psaume : Psaume 146.7, 8–9, 9–10
Deuxième Lecture : Jacques 5.7–10
Évangile : Matthieu 11.2–11

Je dépense, donc je suis???

« Je dépense donc je suis » citation de Descartes de crédit.
Je viens de vous lire une citation humoristique qui se promène en ce moment sur internet.
Il s’agit d’une paraphrase moderne de la célèbre maxime de Descartes: « je pense donc je suis »
Notre société de consommation nous plonge parfois dans ce « je dépense donc je suis », nous oblige parfois à être les fidèles disciples de ce maître Descartes de crédit.
Comme si le fait de devenir disciple de ses règles, de ses fonctionnements, nous donnait notre identité.
Surtout comme si notre identité était résumée à une seule portion de notre existence.
Avec ce trait d’humour « je dépense donc je suis », notre identité serait notre capacité à dépenser notre argent mais, nous le savons d’expérience, notre identité peut aussi être définie par un aspect physique, par nos choix politiques,
par nos attitudes religieuses, par un acte bon ou mauvais que nous avons posé, par une parole, par nos origines, par notre famille, par nos décisions, par nos fragilités, nos maladies, notre âge, notre situation affective par tant de choses qui nous traversent parfois temporairement mais qui deviennent des absolus disant la totalité de notre identité.
Dans l’évangile Jean-Baptiste et le Christ lui-même en font les frais.
Jean-Baptiste a une vie austère au désert donc son identité est d’être possédé, pour le Christ c’est bien pire, il mange et boit avec les pécheurs, les publicains donc son identité se résume à être un glouton et un ivrogne.
Il me semble que dans cet évangile nous est dévoilé un peu de l’identité de Jean et un peu de l’identité du Christ Jésus.
Il s’agit pour nous de quelques éléments de réponse à cette profonde question, qui peut-être nous agite : « es-tu celui que nous espérons ou devons-nous en attendre un autre ? »
En étant présents à cette messe, nous dévoilons profondément qui est le Christ-Jésus pour nous, en disant son identité nous découvrons un peu de la nôtre.
Nous ne disons plus « je dépense donc je suis », nous ne disons pas non plus « je pense donc je suis », nous proclamons « puisque tu es alors je suis ».
En effet, lorsque le Christ dévoile un peu de son identité, qu’il nous donnera de manière radicale en mourant sur la croix,
il nous révèle sa mission.
Le Christ Jésus pour nous dire qui il est, nous parle des autres et pas n’importe quel autre !
Lorsque le Christ nous dit son identité, il dévoile que les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, que les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, que les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle.
Non le Christ Jésus n’est ni ivrogne ni glouton, il est car en relation avec les plus pauvres.
Et Jean-Baptiste qui est-il ? Quelle est son identité ?
Est-il possédé parce qu’il vit dans le désert et se régale de sauterelles ?
Est-il le prisonnier condamné à mort ?
Est-il le grand prophète entouré de nombreux disciples ?
Eh bien non, il est le plus grand dans le Royaume des cieux mais cependant le plus petit est plus grand que lui !
Étrange formule qui nous rappelle: « les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers ».
Le Christ en nous parlant de Jean, nous révèle l’identité du Royaume.
Le plus grand des prophètes sera le plus petit dans le Royaume car personne, même Jean, ne mérite le Royaume, les prostitués et les publicains l’ont précédé, lui ont ouvert la porte du Royaume.
L’identité du Royaume c’est la fraternité.
Notre société française est très marquée par cette recherche d’identité mais bien souvent avec des replis très forts, des affirmations qui excluent.
Comment alors affirmer profondément son identité sans repli, sans exclusion ?
L’Esprit-Saint peut sûrement nous aider sur ce chemin difficile de l’Evangile.
Être profondément chrétien, c’est-à-dire vivre de cette relation au Christ sans exclure, sans nous replier dans un confort religieux.
Les identités du Christ et de Jean peuvent nous aider sur ce chemin de conversion.
L’identité du Christ se révèle dans la relation aux autres et principalement des plus pauvres.
Notre identité chrétienne n’échappe pas à cette rencontre de l’autre et particulièrement le plus pauvre.
Notre mission de disciples-missionnaires ne peut en aucun cas oubliee l’autre et encore moins le plus pauvre.
Il s’agit de notre identité chrétienne, de notre être chrétien.
L’identité de Jean nous révèle l’identité du Royaume qui est la fraternité universelle. L’identité chrétienne est tout entière bâtie sur cette espérance de la fraternité du Royaume.
Un Royaume déjà présent par la venue du Fils, par la venue de notre frère, c’est ce que nous célébrons chaque année à Noël et un Royaume que nous attendons dans la joie alors nous vivrons pleinement la communion de la fraternité.
Sœurs et frères, que notre identité de disciples-missionnaires ne soit pas exclusion mais accueil des autres et particulièrement les plus pauvres.
Sœurs et frères, que notre identité de disciples-missionnaires ne soit pas replis sur nous-mêmes en ayant peur du monde mais accueil d’une fraternité universelle, signe du Royaume à venir.

Homélie 2ème dim. Avent, année A, 2016

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  • Publié le dimanche 4 décembre 2016 18:38
  • Écrit par Stephane LIGIER
  • 04 Déc

2e dimanche de l’Avent022B
Première Lecture : Isaïe 11.1–10
Psaume : Psaume 72.2, 7–8, 12–13, 17
Deuxième Lecture : Romains 15.4–9
Évangile : Matthieu 3.1–12

A la fois prophètes, à la fois parole

Jean-Baptiste est vraiment l’image du prophète type, il n’a peur de rien ni de personne.
Non pas qu’il soit plus courageux qu’un autre ou inconscient mais, comme tout prophète, il annonce la parole de Dieu.
Il n’annonce pas sa parole, ses propres émotions ou ses propres idées pour un quelconque pouvoir personnel, il n’énonce pas un programme politique, il ne cherche pas à plaire ou à séduire.
Il est simplement investi d’une mission qu’un autre lui a confiée : annoncer la parole de Dieu, ni plus ni moins.
Il en paiera le prix fort puisqu’il donnera sa vie pour cette parole.
Il n’est pas le seul, plusieurs prophètes de l’ancien testament mourront avant lui pour cette parole.
Jean Baptiste annonce donc la parole et nous disons dans la foi que cette parole a désormais un visage, un corps, c’est le Christ-Jésus. Jean est la voix qui crie même dans le désert,
Jésus est la parole lancée même dans les déserts de nos vies.
Cette parole de Dieu, le fils du Père sera mis à mort, sur la croix car elle était trop assourdissante, trop insupportable.
Mais cette parole n’a pas pu rester emprisonnée de la mort, cette parole n’est restée muette que pendant trois jours.
Cette parole est venue jusqu’à nous transmise de bouche à oreille mais surtout de cœur à cœur.
Nous célébrons la naissance de cette parole vivante chaque année à Noël, chaque dimanche nous mangeons cette parole sous l’espèce du pain, nous nous en désaltérons sous l’espèce du vin, nous l’entendons sous l’espèce des passage bibliques, nous la touchons sous l’espèce de la communauté.
Mais quelle est la vocation et la mission de cette parole ?
Isaïe nous en a donné le contenu dans la première lecture.
Cette parole faite chaire en Jésus-Christ est tout entière baignée d’Esprit-Saint, de cet esprit de sagesse, de discernement, de conseil, de force, de connaissance et de crainte du Seigneur, il ne jugera pas sur l’apparence ; ne se prononcera pas sur des rumeurs.
Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays.
Le Christ Jésus, la parole, a comme unique référence, unique point de départ le plus faible et le plus fragile, le plus pauvre, celles et ceux qui n’ont pas de pouvoir, qui ne peuvent écraser les autres à l’inverse de cette engeance de vipères de sadducéens et de pharisiens, notables religieux de l’époque.
Par le baptême nous sommes nous aussi, prophètes à l’image de Jean.
Nous sommes appelés à proclamer la parole et à en témoigner par notre vie.
Nous sommes immergés disciples-missionnaires, à la fois disciples de cette parole, du Christ vivant et missionnaires pour ne pas la garder pour nous bien au chaud mais pour la donner librement à toute femme et à tout homme.
Nous sommes par le baptême, prophètes et par la confirmation nous sommes autres christs, nous aussi nous recevons cet Esprit de sagesse, de force, de discernement, de conseil, de connaissance et de crainte du Seigneur. A l’image du Christ-Jésus, nous avons reçu l’onction, pour être parole à notre tour où nos sœurs et nos frères sont en priorité les plus pauvres, les plus fragiles.
Sœurs et frères, le Père nous transfigure en ce temps de l’Avent, à l’image de Jean, en prophètes pour annoncer la parole à toute femme et à tout homme.
Le Père nous transfigure en ce temps de l’Avent, à l’image du Christ vivant, en autres-christs pour être parole et devenir de plus en plus profondément filles et fils de Dieu, sœurs et frères de plus pauvre.
En communauté paroissiale, nous pourrions sûrement nous inspirer de ce paragraphe de la joie de l’évangile du pape François :
" Sortons, sortons pour offrir à tous la vie de Jésus-Christ.
Je répète ici pour toute l’Église ce que j’ai dit de nombreuses fois aux prêtres et laïcs de Buenos Aires : je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités.
Je ne veux pas une Église préoccupée d’être le centre et qui finit renfermée dans un enchevêtrement de fixations et de procédures.
Si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille,
sans un horizon de sens et de vie.
Plus que la peur de se tromper j’espère que nous anime la peur de nous renfermer dans les structures qui nous donnent une fausse protection, dans les normes qui nous transforment en juges implacables, dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles, alors que, dehors, il y a une multitude affamée, et Jésus qui nous répète sans arrêt : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mc 6, 37). » (Pape François, la joie de l’Evangile n°49)
Soyons en communauté paroissiale, cri dans le désert et parole d’amour partagée et donnée.

Malijai

Chateau Arnoux

Les Mées

St Auban

Peyruis

Volonne

Lurs

L'Escale

Dabisse

Montfort