Homélie 4ème dim. Carême, année A, 2017

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  • Publication : lundi 27 mars 2017 09:30
  • Écrit par Pierre Léouffre, diacre
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4e dimanche de Carême109B
Première Lecture : 1·Samuel 16.1, 6–7, 10–13
Psaume : Psaume 23
Deuxième Lecture : Éphésiens 5.8–14
Évangile : Jean 9.1–41

Homélie écrite et prononcée par M. Pierre Léouffre, diacre

Frères et sœurs,
Quelle heureuse coïncidence qu’en ce 4° dimanche de carême qu’on appelle le dimanche de la joie, nous nous retrouvions avec nos frères et sœurs de l’Association LCE, Association qui rassemble tous ceux qui sont concernés par la maladie, croyants ou en recherche pour qu’ils ne restent pas isolés ou désemparés.
Ensemble nous allons pendant quelques instants méditer les très beaux textes que la liturgie de ce jour nous propose et qui nous invitent à proclamer que Jésus est la lumière du monde et qu’il est Dieu.
Permettez moi pour commencer de vous raconter une brève histoire qui m’a été rapporté récemment et qui introduit parfaitement, me semble t il, notre méditation de ce dimanche :
Cela se passe dans le train Nice/Marseille, dans l'un des compartiments, un homme est assis en face de son fils. Le petit garçon se gifle sans arrêt. Toutes les trois minutes, il pousse un long cri d'angoisse difficile à supporter. Le père s'occupe de son fils - qui est donc handicapé mental profond - avec une grande tendresse, mais, dans son regard, on peut lire la douleur et la lassitude.
Arrêt à Toulon... Quatre marins montent et s'installent dans le compartiment. Le petit garçon, un instant calmé, recommence sa plainte gémissante. L'un des marins se lève et vient s'asseoir en face du petit. Il prend ses mains dans les siennes et le regarde dans les yeux. Aussitôt, un échange s'établit. Jusqu'à Marseille, il restera près du petit, prenant la relève du père qui le regarde avec gratitude. A Saint Charles, les deux hommes se serrent longuement la main, toujours sans parler, puis le marin reprend son sac et disparaît dans la foule.
Quelles paroles ont été prononcées ?... Aucune. Et pourtant, qui oserait dire qu’ils ne se sont rien dit ? Il y a donc un autre langage que celui des mots. Ce récit, en effet, est tout entier résumé- vous l'avez remarqué - dans des regards. Le marin a vu l'enfant, il a vu la douleur de son père, il a regardé l'enfant dans les yeux. Et en se quittant, les deux hommes ont échangé un regard qui en disait long.
Le regard, un certain regard. Voir ou ne pas voir, c'est-à-dire aimer ou ne pas aimer. Au niveau où je me place, être aveugle ou voir clair n'est pas une question de lésion de la rétine. On peut avoir une acuité visuelle et demeurer inapte à regarder, inapte à aimer. De la qualité de notre regard dépend la qualité de notre cœur.
Pas étonnant, n'est-ce pas, que Jésus ait si souvent parlé du regard ou de l'aveuglement ! Pas étonnant que lorsque le Christ a voulu se faire connaître comme sauveur, il se soit manifesté comme celui qui rend la vue aux aveugles. Pas étonnant que, dans l'évangile de ce dimanche, Jésus utilise la même image, la même réalité du regard et de l'aveuglement pour stigmatiser les Pharisiens, Scribes et Docteurs de la Loi. Vous prétendez guider les autres, mais vous êtes des aveugles. Votre savoir orgueilleux vous bouche la vue. Vos yeux sont bouffis de vos certitudes prétentieuses.
Mais remarquez bien, en mettant en cause les autorités juives, que Jésus dénonce la tendance instinctive de tout homme. Ne sommes-nous pas aveugles nous aussi de temps en temps ? Nos sociétés, est-ce qu'elles n'avancent pas souvent à l'aveuglette ? Est-ce qu'elles ne nous imposent pas des manières de voir toutes faites sur la vie, le bonheur, l'amour, la réussite ?
Que d'aveuglements devant la misère des gens, le partage des biens, les injustices ! La liste serait longue. On ne peut pas tout dire.
On ne peut pas tout dire... non, car la liste serait longue aussi, et heureusement, de ceux qui sont guéris de cet aveuglement, tous ceux dont les yeux ont été illuminés par le Christ. Ils ont appris à regarder leurs frères et le monde, comme le Christ les regarde.
La liste serait trop longue pour les évoquer tous. Mais, je ne peux omettre de citer, en ce carême, tous les catéchumènes, les adultes qui se préparent au baptême. Ils ont appris, ces années-ci, ces derniers mois, à ouvrir les yeux de façon toute nouvelle sur Dieu, sur Jésus, sur leurs frères.
Savez-vous combien de jeunes et d'adultes seront baptisés dans la nuit de Pâques, cette année ? 4911 dont un millier de jeunes de 13 à 18 ans ! ! Ils recevront le sacrement du baptême, le sacrement qu'on appelait autrefois le sacrement de l'illumination... Vous voyez que le miracle de la guérison de l'aveugle-né continue.
Mais nous aussi, nous sommes baptisés, nous avons reçu le sacrement de l'illumination, Qu'en avons-nous fait ? Il convient de faire de temps en temps un examen de contrôle de la vue (le carême est fait pour cela)... Contrôle pour déceler deux déformations possibles de l'œil :
-Est-ce que ton œil devient de plus en plus distrait ?... Attention, tu ne peux plus aimer.
-Est-ce que ton œil devient de plus en plus sévère ?... Attention, tu ne peux plus aimer.
-Si ton œil est distrait, tu ne peux pas aimer. C'est une maladie subtile, on s'en sert souvent comme excuse. Excusez-moi, je n'ai pas fait attention, j'ai été distrait. Ne pas faire attention, n'avoir jamais le temps, croiser d'un œil distrait les personnes, les situations. C'est une attitude qui rapetisse notre univers et rapetisse notre cœur.
Il est souvent question dans l'évangile de ce redoutable manque d'attention qui nous empêche d'aimer. « Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu avoir faim, avoir froid ?... Quand ? » Souvenez-vous de cet homme riche que Jésus dénonce, non parce qu'il a fait du mal à son voisin Lazare, mais parce qu'il ne l'a pas vu à sa porte. Décider d'aimer, c'est décider de faire attention aux êtres que l'on côtoie chaque jour.
Si le marin, dans le compartiment du train de Marseille, n'avait pas fait attention à cet enfant et à son père, voyez-vous ce qui aurait manqué à l'un et à l'autre ?
Si notre œil ne se guérit pas de cette maladie-là, de ce manque d'attention, notre cœur restera froid et le monde sera glacé.
Si ton œil est distrait, tu ne peux pas aimer.
C'était la première maladie de l'œil... Voici la seconde.
Si ton œil est sévère... Attention, tu ne peux pas aimer.
Un regard qui classe, qui juge, qui condamne, c'est un regard qui tue (on dit parfois : il m'a fusillé du regard). Ce regard dit bien plus vertement qu'une parole : «Il n'y a rien à faire avec toi ! » Cette maladie de l'œil empêche radicalement d'aimer puisqu'elle consiste à ne regarder que les défauts des autres, à être à l'affût des faiblesses des autres.
Votre belle-sœur est-elle appréciée ? Vous dites : « Elle cherche à se mettre en valeur. »
Votre voisin est-il gai, dynamique ?... Vous dites : « C'est un clown et superficiel avec cela. »
Oui notre regard est donc un regard déformant ; inconsciemment, on ne voit plus que le mauvais côté des gens. Et c'est la valse des étiquettes que nous connaissons bien : « Ce n'est qu'un arriviste, un ambitieux..., c'est un égoïste, une ratée. » On pourrait continuer l'énumération qui gangrène les relations.
Quel regard posons-nous sur les autres ? Oui, c'est important car l'amour passe par le regard. C'est tout l'Évangile. On pourrait relire l'Évangile en faisant attention au regard que Jésus pose sur les personnes.
Vous souvenez-vous d'un texte signé par le Père Decourtray à propos du regard de Jésus. Je le cite :
-Quand Jésus a vu la Samaritaine, il n'a pas vu en elle « qu'une femme légère, volage». Il lui demande un verre d'eau et il engage la conversation.
Quand Jésus a vu Zachée, il n'a pas vu en lui « qu'un fonctionnaire véreux », il s'invite à sa table et assure que sa maison a reçu le salut.
Quand Jésus a vu Judas, il ne lui a pas dit « Tu ne seras toujours qu'un traître », il l'embrasse et lui dit « mon ami ».
Voilà la nouveauté de l'Évangile... voilà le regard posé sur chacun de nous. Laissons-nous gagner par la contagion de ce regard, c'est la contagion de l'amour.
Frères et sœurs, mes chers amis,
Nous avons accepté cet examen de contrôle. Nous avons accueilli le diagnostic, il faut accepter maintenant l'ordonnance.
Pour nous guérir de ces deux maladies-là, nous savons à qui nous adresser. Jésus est celui qui guérit les yeux. Il faut donc tourner nos yeux vers le Seigneur et lui demander souvent :
« Seigneur, fais que je voie. »
En ce 4° dimanche de Carême appelé aussi dimanche de la joie, voulez-vous que ce soit notre prière cette semaine ? Alors, Vous verrez, le miracle de la guérison de l'aveugle-né continuera. Amen !

Homélie 3ème dim. Carême, année A, 2017

  • Catégorie : Homelies
  • Publication : dimanche 19 mars 2017 20:11
  • Écrit par Père Stéphane Ligier
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3e dimanche de Carême
Première Lecture : Exode 17.3–7
Psaume : Psaume 95.1–2, 6–9113C
Deuxième Lecture : Romains 5.1–2, 5–8
Évangile : Jean 4.5–42

Le mystère n'est pas qu'une glace!

Il est grand le mystère de la foi. Voilà ce que nous proclamons au cœur de chaque messe.
Qu’est-ce que peut bien signifier ce terme mystère ?
Il ne s’agit pas d’une énigme, d’une chose extérieure à nous-mêmes à laquelle nous ne pourrions pas accéder.
Le mystère chrétien n’est pas une énigme.
L’énigme est fermée sur elle-même, elle impose une solution et une fois la solution trouvée, nous sommes rassasiés et l’énigme meurt d’elle-même. Le mystère est une ouverture sans fin de sens, une ouverture à la vie et sans cesse qu’à la vie.
Nous pourrions parler d’énigme de la mort ou de la souffrance et de mystère de la naissance, du pardon, de l’espérance, mystère de la paix, mystère de la foi.
Le mystère n’est jamais fermé sur lui-même, il est comparable à un océan sans rivage ou à un puits sans fond.
Cette rencontre étonnante entre Jésus et cette femme relève du mystère, car cette rencontre est vitale bien entendu pour cette femme mais aussi pour le Christ.
Jésus est fatigué, il se retrouve seul car paradoxalement, ses disciples sont allés chercher de la nourriture.
Jésus se trouve donc dans deux situations que nous avons tous expérimenté : la fatigue et la solitude. Troublante énigme de l’humanité que cette fatigue, cet isolement et dans le même temps cette énigme peut se transformer en mystère : fatigue transformée en repos
et isolement en solitude.
Il rencontre cette femme qui vient puiser de l’eau à un horaire anormal, que lui arrive-t-il ?
Elle a honte, elle ne veut rencontrer personne surtout pas d’autres femmes, elle porte une souffrance qui la met à l’écart puisqu’elle évite une éventuelle rencontre en ce lieu de partage, de discussion.
Peut-être que sa vie n’est pas en règle à ses yeux, peut-être porte-t-elle un lourd fardeau lié à ses multiples unions, ces six hommes ont été peut-être six blessures profondes.
Elle partage nos blessures parfois si vives que nous n’osons plus rencontrer les autres.
Nous préférons rester enfermés sur nous-mêmes, surtout n’engager aucun dialogue, aucune parole ne nous semble assez juste pour expérimenter un quelconque pardon pour nous-mêmes.
Énigme de l’enfermement sur nous-mêmes, de l’exclusion, de la culpabilité malsaine qui pourrait se transformer en mystère de l’ouverture aux autres, de la communion, du pardon.
Et l’impensable se produit au lieu de la rencontre.
Le puits est le lieu de la demande en mariage dans la bible. Elle rencontre encore un homme, un homme seul, le septième.
Dans sa solitude, elle rencontre un juif seul, elle, la samaritaine, la femme. Mystère de la rencontre, de la communion.
Celui qui ouvre le dialogue, qui rompt le silence, qui rompt ces deux solitudes, c’est Jésus qui demande. Oui, Jésus demande, offre une prière, attends quelque chose d’elle.
Il s’agit de quelque chose de vital surtout à cette heure-là dans un pays si chaud : Jésus demande à boire. Étonnant retournement car normalement c’est à Jésus que l’on demande, c’est lui qui est capable de nous soulager, de nous donner le plus vital.
Non Jésus demande, quémande, prie cette femme de lui donner la vie.
Jésus vient sonder le mystère de cette femme, il vient puiser aux sources de sa vie.
Comme sur la croix, Jésus crie « j’ai soif », de quoi a-t-il tant soif ?
Il a soif de la vie et c’est au cœur de la mort qu’il réclame la vie.
Il nous fait passer de l’énigme absurde et insupportable de la mort à la réalité extraordinaire du mystère de la vie.
C’est au cœur de la mort de cette femme isolée, perdue, qui évite la rencontre, la parole, que le Christ vient réclamer la vie. Il réclame la révélation de son mystère.
Le Christ vient dans notre vie, non pas pour semer la mort, mais pour nous rejoindre jusque dans nos isolements, nos enfermements, notre péché pour nous réclamer la vie, pour retourner en nous ces si nombreuses énigmes, pour les convertir en mystère.
Le Christ vient en nous célébrer la pâque, il vient célébrer le passage de l’énigme de l’isolement au mystère de la solitude, de l’énigme de l’enfermement au mystère de l’ouverture, de l’énigme du péché au mystère de l’alliance, de l’énigme de la mort au mystère de la vie.
Il vient au cœur de nos fragilités, de nos peurs, de nos manques de pardon et d’amour, dans nos zones obscures pour réclamer la vie, pour que nous sachions accueillir les mystères de l’amour, de la confiance, de la réconciliation, de la solidarité et de la fraternité. Le temps du carême nous offre cette possibilité de laisser le Christ descendre dans nos puits si profonds, qui nous semble parfois tellement arides, tellement vides et secs, tellement énigmatique.
Il vient pour puiser l’eau du mystère qui peut jaillir de nous.
Le Christ peut toujours y puiser de l’eau vive, de l’eau de la vie quoi que l’on ait fait, quoi que l’on ait dit.
Lorsque nous disons que le Christ est descendu aux enfers dans le credo, nous ne disons pas autre chose. Le Christ descend au plus profond de nous-mêmes pour puiser de l’eau vive, pour puiser les mystères de l’espérance, de la foi et de l’amour partagé.
Si le Christ est capable de puiser de l’eau vive dans la profondeur de notre puits intérieur, c’est qu’il le fait chez d’autres. En le proposant à une femme pécheresse, une samaritaine, donc une hérétique maudite par les juifs, c’est bien le signe que les énigmatiques frontières de la religion, de la race, du sexe sont définitivement tombées.
Le mur de la haine est tombé comme le dit si bien saint Paul.
L’énigme de la différence qui nous fait parfois tellement souffrir a volé en éclat pour être transfiguré en mystère de l’autre.
L’autre devient pour chacun d’entre nous un mystère merveilleux qui nous ouvre à la vie, il n’est plus un ennemi potentiel, il est le frère dont le mystère jaillit en vie éternelle pour les autres et pour moi.
Ainsi depuis que le Christ Jésus est mort sur la croix, les vrais adorateurs sont apparus, en esprit et en vérité.
Ces vrais adorateurs sont tout simplement ceux qui acceptent d’entendre le Christ qui leur dit « donne-moi à boire ».
Ceux qui accueillent cette conversion profonde de la mort énigmatique en mystère de vie.
Ceux qui acceptent que le Christ découvre en eux cette eau de vie, une eau qui féconde, qui réconcilie, qui pacifie.
C’est une eau qui désaltère les autres, elle vient de nous, elle est révélée par le Christ qui la puise mais elle est destinée aux autres.
Elle est mystère de communion.
Que ce temps de carême nous offre la possibilité de laisser le Christ puiser en nous cette eau vive pour nos sœurs et nos frères en humanité.
Il est grand le mystère de Dieu, il est grand le mystère de l’humanité, il est grand le mystère de la foi !

 

Homélie 7ème dim. TO année A, 2017

7e dimanche ordinaire121A
Première Lecture : Lévitique 19.1–2, 17–18
Psaume : Psaume 103.1–4, 8, 10, 12–13
Deuxième Lecture : 1·Corinthiens 3.16–23
Évangile : Matthieu 5.38–48

Nous tendrons l'autre joue dans le Royaume

Comment c’est le Royaume de Dieu ?
Comment ça se passe après la mort ?
Il n’est pas rare que l’on me pose ces questions. Dans la tête de nombreuses personnes les prêtres sont les spécialistes de la vie après la mort, de l’au-delà avec les voyants, les moines tibétains, les cartomanciens, les astrologues, toutes ces personnes qui semblent être branchées directement sur cette vie après la mort, connectées spirituellement.
Dans l’Église catholique les prêtres ne sont pas plus professionnels en ces matières qu’un autre chrétien. Nous connaissons quelques images pour illustrer le Royaume de Dieu. Mais ce sont des images qui expriment une réalité qui nous échappe toutes et tous.
Il me semble que l’évangile d’aujourd’hui nous en présente quelques-unes.
En effet, le discours du Christ est celui de l’espérance. L’espérance n’est pas l’espoir avec une surcouche religieuse.
Les deux termes ne sont pas synonymes.
L’espoir fait vivre parait-il, c’est possible.
L’espoir c’est notre capacité à nous projeter dans l’avenir, à mettre en place des projets pour les semaines, les mois et les années à venir.
L’espoir peut aussi être un ensemble de valeurs que nous donnons à nos enfants pour qu’ils se construisent dans l’avenir.
L’espoir est donc fragile car il est un élan que nous lançons dans un futur plus ou moins proche composé d’évènements, de situations heureuses ou tragiques que nous maîtrisons peu ou pas du tout.
Peut-être que certains de nos espoirs de jeunesse se sont réalisés mais sûrement beaucoup n’ont pas vu le jour car la vie, notre histoire ne l’ont pas permis.
L’espérance chrétienne et juive ne vient pas de nous et elle n’est pas une projection dans l’avenir.
L’espérance du croyant nous vient de l’avenir, est forgée par le Royaume.
C’est la foi en une vie plus forte que la mort, cette foi en l’au-delà de la mort qui forge notre espérance actuelle.
Le Christ nous dit qui est le Royaume et non pas ce qu’est le Royaume.
La phrase « si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre » est sûrement l’une des plus connues de l’évangile et bien souvent utilisée pour se moquer du Christ ou des chrétiens.
Nous-mêmes, sommes souvent déstabilisés par cette idée.
Il est déjà tellement difficile de respecter la loi du talion « œil pour œil, dent pour dent ».
Nous le voyons dans les conflits entre pays ou continents, nous l’expérimentons dans notre propre vie, lorsque nous avons été blessés, meurtris, notre désir est la vengeance puissance dix et non pas identique en tout point à l’offense, alors basculer dans le fait de tendre l’autre joue…
Pourtant il s’agit là d’un commandement du Christ.
Et le Christ continue, si quelqu’un prend ta tunique, donne-lui ton manteau, si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas fais en le double, à qui te demande, donne et ne refuse pas à celui qui veut t’emprunter !
Et le summum : il nous faut aimer nos ennemis et prier pour ceux qui nous persécutent.
Il s’agit donc de vivre ces commandements du Christ pour être parfait comme notre Père l’est !
Le Christ nous décrit, nous présente le Royaume des cieux !
Il ne s’agit pas de « dormir dans le paradis blanc
Où les nuits sont si longues qu'on en oublie le temps » comme le chantait si bien Michel Berger.
Le Christ ne nous décrit pas un lieu mais une personne, sa propre personne, une relation, sa propre relation.
Le Royaume sera nos relations entièrement pacifiées, réconciliées, données aux autres.
Il n’y a pas de Royaume sans les autres, il n’y a pas de Royaume sans nos ennemis, sans nos oppresseurs.
Le Royaume n’est pas un club de copains d’où serait évacué celles et ceux qui nous ont fait tant de mal.
Le Royaume est notre vie continuée où toutes nos relations même les plus violentes, même les plus terribles, même les plus impardonnables seront réconciliées, transfigurées.
Le Christ ne nous offre pas de l’espoir pour l’avenir, il nous dévoile une espérance à la hauteur de sa vie, une espérance qui nous vient du Royaume.
Il nous donne cette espérance pour notre vie concrète, réelle, celle d’aujourd’hui pour que le Royaume soit déjà en germe dans le monde, pour que sa présence soit effective dans le témoignage de notre communauté.
Dans la foi et l’amour donné, témoignons de cette espérance concrète du Christ vivant en tendant l’autre joue à l’autre, en donnant notre manteau à l’autre, en faisant deux mille pas avec l’autre, en aimant nos ennemis et en priant pour nos persécuteurs !

Homélie 3ème dim. TO A, 2017

3e dimanche ordinaire067D
Première Lecture : Isaïe 8.23—9.3
Psaume : Psaume 27.1, 4, 13–14
Deuxième Lecture : 1·Corinthiens 1.10–13, 17
Évangile : Matthieu 4.12–23

Oecuménisme, quant tu nous tiens...

« Tel curé est parfait, il est formidable, à l’écoute, il a plein d’idées nouvelles et sa prédication m’emporte vers des cieux spirituels incroyables en plus il est charmant, ce qui ne gâte rien ! »
« Ce curé est insupportable, il est triste, toujours pressé et sa manière de célébrer la messe est horrible ! c’est pourquoi en famille nous faisons 25 km pour aller dans une autre paroisse mais il est bien possible que nous allions au culte évangélique à deux pas de chez nous ! »
C’est deux types de réflexion sont nées de mon imagination donc forcément caricaturales.
Il y a quelques temps j’en parlais avec un pasteur protestant qui pouvait dire exactement la même chose dans sa communauté.
En fait n’importe quel prêtre orthodoxe, n’importe quel pasteur évangélique, anglican, n’importe quel responsable d’Église est capable de faire la même analyse.
Nous l’avons entendu dans la lettre aux Corinthiens, Paul déplore les propos de certains qui se reconnaissent appartenir à Apollos, à Pierre ou à Paul.
Ce qui est plus surprenant c’est qu’à cette liste de trois noms, Paul ajoute le Christ.
N’est-ce pas la vocation de tout chrétien d’appartenir au Christ ?
Et pourquoi se met-il sur le même plan que le Christ avec Apollos et Pierre ?
Certains de la communauté de Corinthe se placent au-dessus de la mêlée.
Ils sont au-dessus de ces querelles intestines puisque, eux appartiennent au Christ directement.
Quelle importance d’appartenir à Paul, Apollos ou Pierre, puisque seul le Christ compte !
Une jeune femme me disait appartenir à l’église du Christ, rassurez-vous ils n’étaient pas nombreux et cette église ressemblait plus à une secte qu’à une communauté chrétienne.
Mais sa manière de présenter cette église disait qu’il fallait s’échapper des contraintes des communautés identifiées, se libérer de leur poids institutionnel comme si la médiation d’une communauté identifiée et réelle n’avait pas d’importance, comme si tout cela était secondaire et matériel, nous empêchant même d’accéder directement au Christ.
Une dame âgée me disait qu’il lui était plus facile d’être chrétienne que catholique. Elle avait raison.
Il est difficile d’appartenir à une communauté réelle qui porte à la fois des grâces et des dons extraordinaires mais qui porte en elle tout le poids du péché et notamment de son histoire.
La grande intuition de l’œcuménisme n’est pas de transformer les protestants, les orthodoxes, les anglicans, les coptes en bons catholiques. L’œcuménisme n’est pas une fusion des Églises en une hypothétique Église du Christ.
La grande intuition de l’œcuménisme c’est que chaque Église découvre en elle à la fois ses grâces reçues, à la fois ses péchés commis pour entrer en dialogue avec les autres Églises, car nos séparations, nos querelles, nos ignorances réciproques demeurent un scandale aux yeux du monde.
Nous ne pouvons pas prêcher l’amour et le désir d’unité du Christ tant que nous défions ou ignorons d’autres Églises.
Pour entrer dans ce mouvement dynamique de l’œcuménisme, qui n’est autre qu’un accueil de la conversion voulue par l’Esprit-Saint, il nous faut connaître, expérimenter, vivre dans une communauté réelle, institutionnelle.
Reconnaître à la fois ses grandeurs et ses péchés exige de nous de côtoyer cette communauté.
C’est une vraie conversion de vivre dans la fidélité à une communauté qui nous est donnée, fidélité en nous, dans la communauté catholique, dans notre diocèse et dans notre secteur paroissial.
La fidélité est simple quand tout se passe bien mais dès qu’il y a des paroles ou des actes qui peuvent nous meurtrir, comment la vivons-nous ?
La question peut s’inverser, accueillons-nous le pardon de l’Église catholique, de notre diocèse, de notre secteur paroissial si nous-mêmes nous commettons des péchés envers notre communauté ?
Le thème de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens est cette année : « Nous réconcilier. L'amour du Christ nous y presse»
Il s’agit bien entendu de la réconciliation entre les églises chrétiennes. L’amour du Christ nous y presse.
Mais nous réconcilier est aussi un devoir de conversion vis-à-vis de notre propre communauté. Nous réconcilier avec l’Eglise catholique, avec notre diocèse, avec notre secteur paroissial, l’amour du Christ nous y presse car vivre de cette communion est l’un des grands signes de la conversion au Christ.
Enfin nous réconcilier avec nos proches, avec nous-mêmes, l’amour du Christ nous y presse !
C’est dans cette conversion profonde au Christ, accueillant la fidélité dans l’Esprit que nous cheminerons vers la communion tant désirée par le Père.
Convertissons-nous car le Royaume de Dieu est tout proche, l’amour du Christ nous y presse.

Homélie 1er janvier 2017, Marie mère de Dieu

Sainte Marie, Mère de Dieu (Journée mondiale pour la paix)042A
Première Lecture : Nombres 6.22–27
Psaume : Psaume 67.2–3, 5–6, 8
Deuxième Lecture : Galates 4.4–7
Évangile : Luc 2.16–21

Marie, mère de Dieu en quoi cela nous concerne? 

Tout ce qui est rare est cher,
Or un cheval à trois pattes est rare
Donc un cheval à trois pattes est cher.
Nous avons peut-être déjà entendu ce syllogisme attribué à Socrate.
Nous pouvons en construire un à propos de ce 1er janvier où nous célébrons Marie mère de Dieu.
Jésus est le Fils de Dieu
Marie est la mère de Dieu
Donc Marie est la grand-mère de Jésus.
Ce syllogisme aussi fou que celui du cheval à trois pattes, nous indique qu’il ne faut pas croiser les dogmes entre eux et que chacun prend sens en lui-même, autant celui de Jésus fils de Dieu que celui de Marie, mère de Dieu.
Il s’agit d’ailleurs d'un des plus anciens dogmes promulgués par l’ensemble des chrétiens.
« Marie, Mère de Dieu », voilà le titre le plus ancien que l’on ait donné à la vierge Marie.
Comme tous les dogmes, nous sommes invités à contempler d’abord le Christ, la Trinité, puis notre vie en Église et dans le monde.
Marie nous dirige toujours vers son Fils. Elle n’est pas médiatrice, le seul et unique médiateur est son Fils, elle entre dans l’intercession de son Fils.
Cette affirmation : « Marie mère de Dieu » nous évite au moins deux écueils.
D’abord le fait de penser que Jésus n’est pas Dieu ou qu’il a perdu sa nature divine en devenant homme. Jésus est toujours resté le même en parcourant les routes humaines, pleinement homme, pleinement Dieu.
Non pas un Dieu distant, une espèce de grand horloger du monde, éloigné, mais Dieu qui partage notre condition humaine en son essence.
Il est venu en notre chair pour nous apprendre, non pas à devenir des petits dieux, mais à devenir pleinement homme.
Ainsi il n’y a pas eu dégradation pour Dieu en prenant la condition humaine, il n’y a pas eu chute de Dieu.
Notre condition humaine est désormais élevée au rang de sa dignité divine.
Échange admirable, alliance irrévocable entre notre nature humaine et sa nature divine scellée dans sa mort et sa résurrection.
Deuxième écueil que ce titre de Marie nous permet d’éviter : Marie est bien mère de Dieu en tant que mère de Jésus.
Je vous donne peut-être l’impression de faire de la logique puérile et pourtant nous sommes parfois mal à l’aise avec la notion de Trinité.
Marie n’est pas la mère du Père comme elle n’est pas la mère du Saint-Esprit.
Se le redire peut éviter des confusions graves ou des notions théologiques approximatives.
En effet le modalisme est une pensée qui traîne toujours. Le modalisme c’est penser que Dieu a utilisé des manières d’être suivant les époques de notre histoire.
Dieu aurait été sous le mode du Père pour les juifs avec l’ancien testament, sous le mode du Fils lors de son incarnation et sous le mode du Saint-Esprit aujourd’hui pendant le temps de l’Église.
Ce genre de discours ou de théorie peuvent traîner dans notre tête, et là ce n’est pas grave mais plus embêtant dans certains mouvements d’Église ou certaines communautés.
Dieu est alors uniforme et unitaire, il se présente à nous sous des apparences différentes selon nos périodes historiques.
Ce titre de la Vierge nous permet de distinguer les personnes de la Trinité.
Ainsi lorsque le Fils, Jésus est déposé dans la mangeoire à Bethléem, le Père et le Saint-Esprit l’accompagnent mais ce ne sont pas eux qui sont déposés dans la mangeoire. Sur la croix, ce n’est ni le Père, ni le Saint-Esprit qui meurent mais bien le Fils.
Et lorsque le Fils se retire pour prier, il ne se prie pas lui-même, il retrouve son Père dans l’intimité du Saint-Esprit.
Lorsque nous prions nous-mêmes, ce n’est pas nous qui crions Abba comme le dit si bien Paul dans la lettre aux Galates, c’est le Fils qui prie en nous son Père dans le dynamisme de l’Esprit Saint.
C’est le Christ Jésus qui nous révèle en totalité qui est le Père et qui est le Saint-Esprit.
Le Christ est au centre de l’histoire de l’humanité, comme il est à son commencement et sera à son terme.
Nous pouvons dire cela de l’histoire de l’Église comme de notre histoire personnelle.
Le titre de « mère de Dieu » donnée à Marie permet à l’Église de rester à sa juste place. L’Église n’a pas enfanté le Christ, elle reçoit tout de lui et elle le reconnaît comme son époux et non comme son Fils.
L’Église est invitée sans cesse à être servante du Seigneur et est appelée à se convertir en célébrant la liturgie,
en annonçant la parole par la catéchèse et en exerçant la charité par l’amour donné à toute femme et à tout homme.
L’Église n’est pas une hiérarchie dont nous serions exclus, comme elle n’est pas une espèce de chose divine et impalpable.
L’Église c’est l’assemblée convoquée par le Christ pour témoigner de lui, l’Église c’est nous qui en sommes les membres par le baptême et la confirmation.
Et Marie bien entendu est un modèle pour l’Église, son écoute attentive,
sa patience aimante, l’attachement à son Fils,
sa capacité à retenir et à méditer l’histoire du Salut qui arrive dans sa vie.
Entrons dans cette démarche de Marie qui fait partie du peuple du Père, qui a porté le corps du Christ et est ainsi devenue Temple de l’Esprit.
Et pour nous personnellement, que signifie ce titre de mère de Dieu.
Il nous resitue tous comme fille et fils de Dieu. C’est le plus grand désir du Christ
que nous devenions tous ses sœurs, ses frères.
Que nous composions un peuple de frères,
que nous participions à son même sang donné à tous,
que nous devenions des filles et des fils de Dieu.
Ses sœurs, ses frères se sont ceux qui écoutent la Parole, en l’écoutant ils en vivent, en en vivant, ils la proclament, devenant solidaires du monde,
artisans de paix et de toutes réconciliations, témoignant de l’amour insatiable,
passionné et engagé du Père pour notre monde.
C’est cela être engagé dans le dynamisme de l’Esprit Saint.
Jésus est resté éternellement le Fils pour nous montrer notre propre chemin. Il est indispensable, même si nous sommes père, mère, grands-parents
de nous reconnaître fils et filles d’un même Père. L’adage : « tu seras un père, un jour mon fils », ne fonctionne pas pour le Christ.
Jésus est encore aujourd’hui le Fils, il ne tuera jamais le père,
il ne prend et ne prendra jamais la place de son Père pour nous ré apprendre à être filles et fils.
Par le baptême, nous sommes et nous restons fille et fils d’un même Père.
Cette filiation nous décentre de nous-mêmes, nous invite à toujours grandir,
nous fait entrer dans l’Espérance du salut plongé en une fraternité universelle.
Nous nous reconnaissons alors aimé et soutenus par notre Père.
Ce Père nous donne des sœurs et des frères que nous ne nous sommes pas choisis.
Nous ne sommes plus les auteurs de notre croissance, nous ne sommes plus le principe de nos choix et
c’est paradoxalement à ce moment-là que notre liberté est la plus grande.
Le Père veut faire de nous des filles et des fils libres grâce au Christ plongés dans l’Esprit-Saint.
Marie est bien mère de Dieu
parce qu’elle nous centre sur la personne de son Fils,
parce qu’elle nous ouvre à la communion de la Trinité par son Fils,
parce qu’elle nous insère dans la communauté des filles et fils de Dieu, sœurs et frères du Christ,
parce que notre vie personnelle devient une offrande pour que nous soyons libres par le Christ dans l’Esprit.
Alors bonne année en Terre Promise, cette terre de liberté, cette terre de salut.

Homélie 2ème dim. Carême, année A, 2017

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  • Publication : dimanche 12 mars 2017 12:44
  • Écrit par Père Stéphane Ligier
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2e dimanche de Carême069F
Première Lecture : Genèse 12.1–4
Psaume : Psaume 33.4–5, 18–20, 22
Deuxième Lecture : 2·Timothée 1.8–10
Évangile : Matthieu 17.1–9

Figure, trans-figure, dé-figure, re-figure

Donc si j’entends bien cet évangile, il semble que Jésus ait succombé à la tentation du diable, la dernière proposée la semaine dernière : le diable emmène Jésus sur une très haute montagne et lui propose de se prosterner devant lui pour obtenir tous les royaumes de la terre.
C’est vrai que Jésus monte sur une haute montagne mais ce n’est pas le diable qui l’y emmène.
Jésus s’y rend en compagnie de trois de ses disciples, comme s’il tenait à les faire participer.
Participer à quoi ? peut-être que Jésus, finalement n’a pas besoin du diable pour régner sur tous les peuples ? peut-être prend-il ces trois hommes avec lui pour flatter son égo et les voir se prosterner devant lui ?
L’épisode de la transfiguration n’est pas la réponse positive de Jésus au diable, il ne succombe pas à la volonté de toute puissance sur les autres, il ne manipule ni Pierre, ni Jacques, ni Jean pour se complaire de leur adoration.
Jésus les invite, nous invite à entrer dans son intimité de Fils avec son Père.
D’ailleurs les apôtres ne se prosternent pas devant Jésus mais en entendant la voix du Père.
Comme au baptême cette voix révèle l’identité la plus profonde de Jésus : être fils.
En ajoutant la notion cruciale de l’écoute. Désormais qui écoute le Fils, entend le Père.
Le Fils est parole de Dieu, après la lecture de l’évangile lorsque nous entendons : « acclamons la parole de Dieu », nous répondons : « louange à toi Seigneur Jésus », la parole de Dieu est le Christ-Jésus.
Et cette parole est transfigurée sur la montagne, comme elle a pris figure humaine à Noël, comme elle sera défigurée sur la croix et re-figurée lors la résurrection.
Étonnante parole de Dieu qui parcourt notre histoire humaine, notre vie humaine.
Peut-être traversons-nous en ce moment l’une ou l’autre de ces expériences.
Peut-être prenons-nous figure, un peu comme une nouvelle naissance, ou peut-être sommes-nous transfigurés en découvrant qu’il y a bien plus profond que notre apparence, ou encore traversons-nous de terribles épreuves qui nous défigure autant intérieurement qu’extérieurement voguant aux portes de la mort, ou peut-être vivons nous cette re-figuration, nous retrouvons ainsi la vie la plus profonde en nous, ce qui nous révèle humain, sœurs et frères du Christ, filles et fils de Dieu ?
Nous savons que ces différents moments de la vie se conjuguent subtilement, parfois péniblement sans être forcément bipolaires.
Mais le Christ nous permet avec lui de gravir la montagne, parfois celle de la transfiguration, parfois le mont Golgotha mais toujours la montagne de la vie.
Ce carême pourrait être un temps pour observer ce que nous vivons intérieurement et pour accueillir le Christ qui nous y accompagne.
Et comme il est Fils, il est aussi frère, il ne se déplace jamais sans sa fratrie, comme ici avec Pierre, Jacques et Jean.
Le Christ ne fait pas malgré nous et il ne fait pas sans nous. Le Christ ne nous gouverne pas tel un tyran en manque de pouvoir mais avec nous il construit cette fratrie réconciliée et vivante signe du Royaume.
Une fratrie qui prend figure à Noël, qui est parfois transfigurée pour témoigner de l’amour du Père, qui traverse les ravins de la mort et est alors défigurée mais qui espère le Royaume, la résurrection pour reprendre figure, pour reprendre vie.

Homélie 5ème dim. TO année A, 2017

5e dimanche ordinaire119C
Première Lecture : Isaïe 58.7–10
Psaume : Psaume 112.4–9
Deuxième Lecture : 1·Corinthiens 2.1–5
Évangile : Matthieu 5.13–16

Encore un peu de sel? 

Après les défis souvent mortels lancés par nos grands-pères lorsqu’ils étaient ados, après le jeu du foulard des enfants dans les cours d’école, après les multiples paris lancés avec l’alcool, après les scarifications des années 2000, les ados ont trouvé un nouveau jeu sadique : déposer de la glace sur leur peau assaisonnée de sel et supporter ce mélange le plus longtemps possible. Pour les plus courageux ou les plus fous, cela occasionne des brulures de 2ème voir 3ème degrés.
Je ne vous invite surtout pas à essayer en rentrant mais cette expérience nous révèle la puissance du sel. C’est un appel au secours pour de nombreux jeunes mais c’est aussi l’expression d’une purification.
Les ados ont souvent besoin de purifications. C’est l’un des rôles du sel : purifier, nettoyer.
Si donc nous sommes sel pour le monde alors nous sommes dans ce monde pour l’aider à être purifié.
Il ne s’agit pas de se retirer du monde mais de le soutenir pour qu’il soit purifié de toute velléité au goût du pouvoir, de toute exclusion, de toute manipulation du plus faible, de tout racisme, de tout repli identitaire, de toutes ces choses où l’autre ne peut plus vivre librement, vivre dignement.
Dans ce cas l’affadissement de notre sel, serait d’accepter que le monde reste impur, violent, manipulateur, destructeur.
Le sel est aussi très précieux car il conserve. D’ailleurs les romains ont vaincu pas mal de peuple grâce au sel. Ils pouvaient faire venir de la nourriture conservée dans le sel et ainsi tenir des sièges très longs.
La solde des militaires était parfois divisée entre argent et sel, c’est de là que nous vient le mot salaire, que nous entendons tous les jours en ce moment avec l’actualité politique.
Si donc nous sommes le sel de la terre, c’est que nous conservons cette alliance entre Dieu et nous.
Une alliance irrévocable, scellée dans la croix du Christ, une alliance qui témoigne du don du Christ à toute femme et à tout homme.
Conserver cette alliance pour le monde, pour en témoigner dans le monde.
Ainsi si nous venons à nous affadir, la conservation de cette alliance pour le monde serait en péril.
Le sel, depuis le néolithique est apparu comme très précieux, d’une grande valeur commerciale. Si donc nous sommes le sel de la terre, nous avons de la valeur pour ce monde, non par nos capacités spirituelles ou notre jugement moral irréprochable mais tout simplement parce que nous sommes aimés de Dieu et que notre monde est aimé par Dieu.
Autre qualité du sel, il révèle goût des aliments alors que le sucre en change le goût. Si donc nous sommes sel de la terre, nous sommes appelés à révéler le goût au monde. Quel est donc ce goût, comment notre monde peut-il avoir du goût ?
Sûrement nous sommes invités à révéler le goût de Dieu mais pas un Dieu vengeur, colérique, tueur mais le goût de Dieu qui se donne dans le Fils.
Nous sommes appelés à révéler le goût de l’humanité au monde où toute femme, tout homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu justement dans ce don à l’autre.
Nous sommes sel de la terre pour révéler et Dieu et l’humanité à notre monde.
Nous sommes sel de la terre pour relever le goût de Dieu et de l’humanité.
Si nous venons à nous affadir alors notre monde oubliera à la fois Dieu à la fois l’humanité et en premier lieu les plus pauvres, les plus fragiles, les exclus.
Juste un mot à propos de la lumière car le Christ nous dit que nous sommes lumière pour le monde.
Une lumière qui est faites pour briller afin d’éviter de tomber sur le chemin de la vie.
Une lumière qui éclaire toute femme et tout homme. Une lumière que l’on ne peut pas mettre sous le boisseau, cet objet cylindrique qui servait à mesurer les matières sèches.
Forcément ce vase cylindrique était fermé et en mettant une flamme à l’intérieur, par manque d’oxygène, elle s’éteignait.
Nous sommes disciples-missionnaires par le baptême et la confirmation, nous sommes à la fois sel et lumière. Le sel s’affadis sans l’Esprit-Saint, la lumière s’éteint sans l’oxygène, sans l’Esprit-Saint.
Plongés dans l’Esprit-Saint, accueillons cette transfiguration de disciples-missionnaires, de sel et lumière pour les femmes et les hommes que nous rencontrons.

Homélie 2ème dim. T.O année C, 2017

2e dimanche ordinaire063C
Première Lecture : Isaïe 49.3, 5–6
Psaume : Psaume 40.2, 4, 7–10
Deuxième Lecture : 1·Corinthiens 1.1–3
Évangile : Jean 1.29–34

Connaître ou co-naître?

Il faudrait tout de même que nous sachions si Jésus et Jean-Baptiste se connaissaient.
En effet l’évangéliste Luc, nous dit clairement qu’ils se connaissaient puisque cousins et même avant de voir le jour puisque Jean tressaille en Élisabeth sentant la présence de Jésus dans le sein de Marie lors de la Visitation.
Nous pouvons même imaginer vue le lien d’Élisabeth et de Marie, que les enfants ont grandis ensemble.
Dans ce passage de l’évangile de Jean, deux fois le baptiste déclare qu’il ne connaissait pas Jésus.
Alors qui croire, Luc ou Jean ?
Peut-être pouvons-nous croire les deux ?
Que signifie connaitre Jésus-Christ ? Plus largement que signifie connaître quelqu’un ?
Et encore plus largement faut-il vraiment connaître en tout point l’autre ?
Lors des préparations au mariage, je vous avoue m’inquiéter quand l’un des deux partenaires m’annonce qu’il connaît tout de l’autre.
Je pense qu’il se réserve une cinquantaine d’années bien monotones !
Je sais bien que cette expression maladroite dévoile l’amour passionné et même fusionnel que ressent la personne pour l’autre.
Il y a l’idée dans le mot connaître de « naissance avec ». Lorsque je commence à connaître quelqu’un, il y a comme une nouvelle naissance, ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les auteurs bibliques utilisent ce verbe pour parfois qualifier la relation intime entre un homme et une femme.
Connaître quelqu’un c’est donc naître avec lui à la vie.
Jean-Baptiste, le cousin de Jésus, naît à la vie en le baptisant.
Il connaît qui est Jésus et ainsi il peut témoigner qu’il est l’agneau de Dieu et même le Fils de Dieu.
Mais dans cette dynamique de la naissance avec, nous ne sommes pas sur le registre de la fusion, de la manipulation.
Lorsque je connais quelqu’un, il ne m’appartient pas, il m’est donné et je continue sans cesse de naître avec lui pour approfondir le chemin du mystère de l’autre.
Plus je connais l’autre, plus son mystère s’approfondis, grandis et plus la joie de le connaître amplifie encore le mystère de l’amour.
Isaïe annonce le Christ alors qu’il ne le connaîtra jamais de son vivant, il l’annonce parce que déjà il le connaît.
Paul annoncera le Christ par toute sa vie alors que vraisemblablement il ne l’a jamais rencontré avant sa mort et pourtant il le connait tellement que toutes ses lettres sont pétries de la présence du Christ.
Et nous qui sommes ici, nous n’avons jamais rencontré Jésus mais nous le connaissons ressuscité et bien vivant sinon nous ne serions pas ici !
Si nous le connaissons, si nous naissons avec lui c’est que nous expérimentons ce mystère de l’amour. Et cette connaissance du Christ nous ne pouvons pas la garder pour nous, reprenons le grand cri de Paul « malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile ! »
Nous sommes disciples-missionnaires car nous sommes plongés, baptisés littéralement, dans cette connaissance du Christ.
À la fois disciples car nous admirons cette connaissance du Christ en nous, à la fois missionnaire car elle ne peut pas rester comme lettre morte en nous.
En communauté paroissiale, nous sommes appelés à connaître et à faire connaître le Christ, notre frère.
Bien entendu nous avons souvent la tentation de répondre comme Pierre au chant du coq, « non je ne connais pas cet homme. »
Mais en communauté, il nous faut re-naître avec lui d’abord dans l’exercice de la charité.
Connaître le Christ c’est d’abord le servir dans nos sœurs et nos frères et particulièrement les plus pauvres.
Il nous faut re-naître avec lui dans la vie catéchétique.
En annonçant le Christ mort et ressuscité, en partageant et en priant ensemble, nous connaissons toujours plus profondément le Christ Jésus et son mystère de vie augmentera encore ce désir de connaissance.
Il nous faut re-naître avec lui dans la liturgie. Prier en communauté, vivre des sacrements et particulièrement la messe du dimanche, nous offre cette formidable expérience de connaître le Christ, au travers de l’Écriture, par le pain et vin consacrés, par la communauté composée de sœurs et de frères qui me sont donnés et qui sont signes de la connaissance du Christ.
En connaissant de plus en plus profondément le Christ alors de plus en plus profondément nous connaîtrons notre humanité.
En connaissant le Christ, nous découvrirons toujours plus profondément son regard aimant pour toute femme et tout homme, un regard plein d’Esprit-Saint, plein de vie.
Ne tombons pas dans cet aphorisme d’Oscar Wilde : « Les gens, aujourd'hui, connaissent le prix de tout et la valeur de rien. » Citation de Oscar Wilde ; Aphorismes (1854-1900)
Apprenons à connaître la valeur de toute femme et de tout homme, alors nous apprendrons à connaître le Christ, à naître avec lui dans le dynamisme de l’Esprit-Saint pour connaître les femmes et les hommes de notre temps, pour les re connaître sœurs et frères, filles et fils d’un même Père.

Homélie Noël 2016

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  • Publication : lundi 26 décembre 2016 09:52
  • Écrit par Père Stéphane Ligier
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Messe de la nuit042C
Première Lecture : Isaïe 9.1–3, 5–6
Psaume : Psaume 96.1–2, 2–3, 11–12, 13
Deuxième Lecture : Tite 2.11–14
Évangile : Luc 2.1–14

Les potes de Jésus? 

«Ce sont les potes de Jésus!» C’est l’exclamation, il y a quelques jours, d’un enfant de CE1 au caté lorsqu’il a vu un dessin des bergers venant adorer Jésus.
Les potes de Jésus, l’expression est peu académique et provocatrice pour faire rire justement les potes du caté mais est-elle si éloignée de la réalité ?
De la réalité de cette nuit qui pourrait être si éloignée de nous ?
De la réalité de cette messe passée ensemble ?
De la réalité de notre vie ?
Qui sont-ils ces potes de Jésus ?
Faut-il être berger pour être pote de Jésus ?
Et comment peuvent-ils être potes d’un bébé qui vient de voir le jour ?
Voyons peut-être en premier lieu l’étymologie de ce mot: pote.
L’enfant de CE1 ne savait pas que ce mot est utilisé depuis la fin du XIXème siècle.
C’est l’abréviation simplement du mot poteau, du pilier.
Le pote est celui sur lequel nous pouvons nous appuyer et, en argot, il s’agit du chef de bande.
Alors comment pouvons-nous nous appuyer sur un bébé déposé dans une mangeoire ?
Comment peut-il être reconnu comme chef de bande ?
Nous avons sûrement toutes et tous fait l’expérience touchante de regarder un bébé dormir.
Il émane de lui une paix incroyable alors qu’il est sans défense, qu’il est à protéger, que le monde dans lequel il est inscrit ne lui épargnera sûrement rien !
Mais nous avons toutes et tous en le regardant, en l’admirant, cette profonde notion de paix.
Il a même pu nous arriver d’être apaisés par le sommeil d’un bébé alors que nous étions énervés, fatigués, angoissés, révoltés.
Ce bébé si apaisé en dormant est devenu sans le vouloir notre pote, celui sur lequel nous nous sommes appuyés pour accueillir la paix
et nous débarrasser de cette non paix en nous.
Les chrétiens croient profondément que la nuit de Noël est l’accueil du prince de la paix, le Christ Jésus.
Il n’est pas prince dans le sens de fils d’un roi mais principe de la paix.
Toute paix repose en lui, émane de lui, il est bien le pote sur lequel nous pouvons nous appuyer.
Cette paix qui nous est donnée sur la paille de la crèche sera la même donnée sur le bois de la croix.
Le Christ prince de la paix ne prendra jamais les armes, n’acceptera jamais la violence, ne se laissera jamais influencer par le monde où règnent menaces, peurs, morts, souffrances, désir de pouvoir, exclusion, racisme…
Le désir du Christ depuis la crèche jusqu’au don de sa vie sur la croix et le tombeau ouvert, sera le désir de Dieu,
offrir la paix pour toutes les femmes et tous les hommes.
Et pour que nous le comprenions, que nous en fassions l’expérience humaine, Dieu a choisi d’être déposé tel un bébé
entre ses parents afin que nous devenions ses potes.
En devenant ses potes, nous recevons de lui la paix.
Peut-être ce soir certaines ou certains ne sont pas en paix car agacés par mes propos, par cette messe qui n’en finit pas, par l’un ou l’autre des invités, par le fait d’être seul en ce soir de Noël, par l’inquiétude profonde de la santé d’un proche,
par le décès d’une personne aimée, par les évènements terribles de notre époque, particulièrement en Syrie mais aussi en Afrique noire et d’autres pays du monde.
De nombreux événements peuvent nous déstabiliser profondément, peuvent nous agiter, nous angoisser, nous donner l’impression d’être submergés, ne pas nous laisser en paix.Ce sont justement en ces lieux si mal famés en nous que le Christ Jésus vient déposer sa paix. Pour paraphraser Isaïe dans la première lecture, le Christ vient nous désarmer de toutes ces paroles tranchantes, de ces émotions mortelles, de ces actes inavouables que nous portons et qui nous agitent tant. 

Voilà que nos bottes de guerre qui frappaient le sol, et nos manteaux couverts de sang sont brûlés par l’amour de Dieu.
La trêve de Noël est à souhaiter entre des pays mais elle est à accueillir en chacune et chacun d’entre nous car elle devient le grand et beau signe que nous sommes transfigurés en potes du Christ.
Cette paix que le Christ nous offre est capable de pardon partagé, de réconciliation profonde, d’amour donné et reçu,
de gestes de solidarité, d’accueil du plus pauvre, de l’étranger, de la différence.
Nous ne croyons pas en un Dieu puissant, qui écrase, oppresse, prend les armes pour gouverner, manipule l’humanité. Ce Dieu tyran, colérique, violent, dénoncé par Isaïe qui nous oppresse doit mourir en nous pour laisser place à un Dieu fragile qui se révèle dans le sommeil pacificateur d’un bébé.
Nous croyons en un Dieu fragile qui se donne dans la paix d’un nourrisson lorsqu’il a fermé les yeux pour dormir.
Nous sommes bien les potes de Jésus mais bien plus il est notre pote, celui sur lequel nous pouvons nous appuyer pour accueillir sa paix.
Et ainsi nous pourrions dire avec le père Zundel : “Je crois à la fragilité de Dieu parce que, s’il n’y a rien de plus fort que l’amour, il n’y a rien de plus fragile.
Dieu fragile, c’est la donnée la plus émouvante, la plus bouleversante, la plus neuve et la plus essentielle de l’Évangile :
un Dieu fragile est remis entre nos mains. “
Maurice Zundel, Un autre regard sur l’homme, Le Sarment-Fayard, Paris, 196, p. 125 (cité par Denis Trinez, p. 88)

Homélie 1er dim. de Carême, année A, 2017

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  • Publication : dimanche 5 mars 2017 13:32
  • Écrit par Père Stéphane Ligier
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1er dimanche de Carême053C
Première Lecture : Genèse 2.7–9; 3.1–7
Psaume : Psaume 51.3–6, 12–14, 17
Deuxième Lecture : Romains 5.12–19
Évangile : Matthieu 4.1–11

Epreuves...

Peut-être avez-vous déjà lu quelques albums de Tintin. Milou son chien est souvent en prise à faire des choix et Hergé s’amuse à dessiner un Milou diablotin et un Milou ange pour montrer combien ce chien hésite entre le bien ou le mal.
Nous pouvons vivre ce genre de situation, hésiter entre le bien et le mal mais le plus souvent, nous ne savons pas trop quel chemin prendre, quelle attitude adopter, quelle parole prononcer, quel acte poser.
Sur le moment, nous ne percevons pas un diablotin et un angelot se quereller au-dessus de notre tête.
C’est avec du recul, avec de la réflexion, avec une profonde relecture que nous discernons nos justes réponses, nos fragilités, nos mensonges, nos péchés, nos erreurs, nos belles attitudes.
À l’image d’Adam et Ève dont les yeux s’ouvrent après avoir consommés le fruit défendu.
Jésus au désert tenté par le diable n’est pas du tout dans ce mode de fonctionnement.
Il est éprouvé par le diable, le diviseur car il est homme.
Il le sera de manière violente et radicale sur la croix. Mais le diable n’a aucune chance devant le Christ, il ne s’agit pas d’un combat à force égale entre le bien et le mal, il n’y a aucun manichéisme dans cet évangile.
Jésus est vainqueur du mal, de la mort en chacune de ses fibres parce qu’il est le fils de Dieu.
Le diable ne peut pas vaincre l’amour absolu, ne peut pas avoir de prise sur lui c’est la belle image de la résurrection, la mort ne détruira rien du Christ même les plaies du crucifié sont glorifiées.
Alors pourquoi, l’évangéliste écrit-il ce passage puisque le combat du diable est perdu d’avance contre Jésus ?
Il me semble que Matthieu veut nous dire plusieurs choses. La tentation ou plutôt l’épreuve fait partie intégrante de notre humanité.
Adam et Ève ont vécu cette épreuve avec l’arbre interdit, le Christ au cœur même de son humanité, avant de commencer sa vie publique a vécu cette épreuve et nous-mêmes avons vécu, vivons et vivrons des épreuves.
Il s’agit d’accueillir cette profonde fragilité humaine qui fait que nous ne sommes pas des super héros ni des espèces de blocs de marbre que rien ni personne ne peut atteindre.
Le Christ en vivant ces épreuves au désert dit notre identité humaine.
Il faut nous dégager de ce qui divise en nous, ce qui littéralement nous diabolise, ce qui fait que nous voulons échapper à notre humanité.
Voilà le cœur du combat en chacune et chacun d’entre nous, accueillons-nous nos fragilités, nos épreuves, nos tentations ou choisissons-nous de les fuir, les ignorer, d’y succomber, d’être submergé par tout ce qui nous déshumanise ?
La première épreuve est celle de l’auto-satisfaction.
Le Christ a faim donc il peut s’auto-satisfaire avec un bon tour de magie en transformant les pierres en pain.
Quelles sont nos faims ? Quels sont nos désirs ? Tous ces signes de nos fragilités, de nos attentes. Comment les laissons-nous creuser en nous le désir ?
Ne sommes-nous pas tentés de les satisfaire toutes, maintenant avec nos propres forces pour quelques satisfactions égoïstes ?
Se nourrir de la Parole, c’est accueillir ces faims, ces désirs, les approfondir pour les offrir aux autres.
Le Christ multipliera les pains dans le désert mais pour une foule affamée et non pour lui-même.
Multiplions nos désirs, nos faims, signes de notre fragilité non pas pour les assouvir instantanément mais pour nous donner aux autres.
Notre fragilité est bien d’accueillir l’autre qui m’aide à grandir dans le désir.
La deuxième épreuve est celle où nous manipulons Dieu.
Dieu est dans notre main, il doit exécuter nos ordres.
Il est comme sculpté à notre image, nous savons ce qu’il pense, ce qu’il doit faire ou dire.
Dieu devient notre marionnette, un Dieu prêt à l’emploi.
Cette fragilité en nous est liée, cette tentation est celle de ne pas accepter d’être façonné à l’image et à la ressemblance de Dieu.
Nous n’acceptons pas d’aimer librement, de donner sans retour, de libérer l’oppressé, de rendre la vie, de construire la paix.
Nous acceptons mal d’entrer dans cette ressemblance de Dieu.
Notre fragilité est bien d’accepter d’être fille ou fils de Dieu, façonné à son image et à sa ressemblance.
La troisième épreuve est la domination du monde. Le Christ est placé par le diable sur une haute montagne pour asservir le monde et non le servir.
Notre fragilité, notre tentation n’est-elle pas souvent de dominer l’autre, de le faire plier pour que peu à peu il soit notre esclave, pour que notre sentiment de toute puissance s’exprime ? Notre fragilité est bien celle d’Ève et d’Adam, vouloir être comme des dieux, en tout cas bien supérieurs aux autres !
Le Christ ne montera sur une montagne que pour nous donner les béatitudes, puis il lavera les pieds de ses amis. Lavement des pieds et béatitudes sont les deux identités du disciple-missionnaire.
Notre fragilité est bien de reconnaître en chaque femme, en chaque homme, une sœur, un frère du Christ.
Sœurs et frères, nos fragilités sont là, nos tentations aussi : l’autosatisfaction,
le refus de Dieu libre, créateur et sauveur,
le refus des autres comme sœurs et frères.
Mais si nous gardons au cœur durant ce Carême ce superbe verset de Paul, alors le chemin est bien ouvert : « Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » Rm 5,20

Homélie 4ème dim. TO année A, 2017

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  • Publication : lundi 30 janvier 2017 22:26
  • Écrit par Père Stéphane Ligier
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4e dimanche ordinaire009B
Première Lecture : Sophonie 2.3; 3.12–13
Psaume : Psaume 146.7–10
Deuxième Lecture : 1·Corinthiens 1.26–31
Évangile : Matthieu 5.1–12

Heureux!!! Beau programme chrétien

Nous voilà, en haut de la montagne, le Christ s’est assis pour nous enseigner. Il ouvre la bouche pour parler comme tout le monde. Mais quand le Christ ouvre la bouche, il donne aussi l’Esprit.
Recevons son Esprit d’amour au cœur même de cette eucharistie, à la source et au sommet de la foi chrétienne.


Heureux ceux qui ont un "souffle" de pauvre: parce que à eux est le Royaume des cieux!*


Le souffle c’est la vie de Dieu. Dans la Bible, le seul qui possède le souffle c’est Dieu.
Pour créer et donner la vie, Dieu souffle, l’Esprit est un souffle.
Ainsi il nous faut entrer dans une vie de pauvre. Non pas forcément économiquement mais qu’il y ait en nous des pauvretés, des manques. Ne faisons pas fausse route, il ne s’agit pas de creuser des manques en espérant que Dieu vienne les combler.
Il nous faut rester en état de manque. Un manque qui nous pousse vers les autres. Un souffle de pauvre qui nous envoie pour la rencontre et la solidarité.
Le Christ est toujours accompagné du souffle qui creuse en lui, le manque pour se donner encore plus profondément aux femmes et aux hommes de son temps, pour se donner à nous.
Notre communauté paroissiale doit sans cesse recevoir ce souffle de pauvre pour qu’à l’image du Christ, elle aille sans cesse à la rencontre des autres et plus particulièrement des plus pauvres.


Heureux les doux : parce que eux, ils hériteront la terre


Ce n’est pas une douceur mièvre ou celle du ravi de la crèche, il s’agit de cette douceur du miel et du lait.
La terre dont ils hériteront est la terre promise, la terre de liberté où coulent le lait et le miel, la terre du Royaume.
Dans notre secteur paroissial, quelle est la douceur dont nous devons faire preuve pour nous engager et engager celles et ceux que nous côtoyons dans un vrai chemin de liberté ?
Le Christ est l’homme de la liberté et de la libération, au cœur du déchaînement de la violence, il exprime cette douceur dans le don de sa vie.
Notre communauté doit s’engager dans cette douceur pour la liberté et la libération de toute femme et tout homme.


Heureux les affligés : parce que eux, ils seront consolés !


Il ne s’agit pas de rechercher la tristesse ou la souffrance pour être consolé mais de nous ouvrir à un regard d’espérance.
Regarder au delà de la mort et de nos morts pour y voir poindre la résurrection.
L’espérance nous vient du Royaume, c’est le monde de la résurrection qui fait irruption dans notre temps présent.
Le Christ est sans cesse tendu vers la vie au delà de la mort pour lui-même mais aussi et surtout pour les autres.
Notre communauté paroissiale doit s’engager dans ce dialogue avec notre société qui parfois tombe dans une désespérance irrationnelle.
Notre communauté est l’un des signes du Royaume, l’espérance du Christ pour notre monde.


Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice: parce que eux, ils seront rassasiés !


Il ne s’agit pas d’une espèce de justice humaine où nous pourrions décider de ce qui est mal ou non.
Il s’agit d’être ajuster à Dieu, c’est à dire entrer dans son désir d’amour, de pardon et de vie.
Le Christ n’a eu de cesse d’être un affamé et un assoiffé de cette intimité avec son Père pour les autres.
Notre communauté paroissiale doit s’engager dans cette recherche inlassable de l’ajustement à Dieu pour que peu à peu notre monde s’ajuste aussi et qu’enfin, il soit délivré des douleurs de l’enfantement.


Heureux ceux qui ont pitié: parce que eux, ils seront pris en pitié !


Nous nous trouvons avec un terme piégé dans cette traduction, car la pitié a mauvaise presse aujourd’hui. Entendons ici pitié dans le sens de miséricorde, de pardon. Il nous faut pardonner, passer au delà du don, non pas effacer ou oublier mais bien construire avec l’autre par delà l’offense et avec son histoire, notre histoire commune marquée par la faiblesse, nos péchés.
Le Christ est celui qui pardonne, qui relève en nous redonnant notre dignité.
Notre communauté doit s’engager dans ce pardon reçu pour elle et dont elle témoigne car notre monde a besoin de rencontrer d’abord des témoins de ce pardon.


Heureux les purs de cœur: parce que eux, ils verront Dieu !


La pureté c’est l’innocence, la clarté, c’est l’inverse du calcul, du goût du pouvoir ou des honneurs.
La pureté est la première marche du service, elle permet une véritable transparence.
Le Christ est totalement pur, tout au service de ses sœurs et de ses frères pour être transparent à l’amour du Père.
Notre communauté paroissiale doit rester pure, sans recherche d’une quelconque valorisation au service des personnes qui vivent ici pour témoigner de l’amour du Père pour chacune d’entre elles.


Heureux ceux qui construisent la paix: parce que eux, ils seront appelés fils de Dieu !


La paix c’est l’un des grands don de Dieu dans la Bible, le plus concret, la paix en nous-mêmes, avec les autres et par conséquent avec Dieu.
Le Christ est le prince de la paix, non pas parce qu’il est le fils d’un roi mais parce qu’il est le premier, le principe même de la paix.
Notre communauté doit œuvrer pour la paix, c’est sa première vocation.
La paix c’est ce qui fait de nous une multitude de sœurs et de frères du Christ et par conséquent nous fait grandir en tant que fils et filles de Dieu.


Heureux les persécutés à cause de la justice : parce que à eux est le Royaume des cieux!


Cette dernière béatitude qui est en fait développée dans le verset suivant nous invite à témoigner de notre foi.
Non pas de manière prosélyte, en tenant un étendard à la main mais en ayant à l’esprit et dans le cœur les béatitudes. Elles nous invitent à aucune compromission pour être plus à la mode et moins rétrogrades et dans le même temps à témoigner du Christ qui donne sa vie pour toute femme et tout homme.
Le Christ a été persécuté pour la justice, pour cet ajustement à son Père.
Que notre communauté paroissiale le soit aussi. Non par goût masochiste du sacrifice mais pour que toute personne ne rêve pas seulement d’un bonheur à la petite semaine mais désire vivre de cet ajustement à Dieu et accueille avec joie les béatitudes.
C’est peut-être un excellent programme pour nous-mêmes et notre communauté.
Les béatitudes c’est le programme du chrétien pour vivre très concrètement ce que dit Paul aux Corinthiens : "ce qu’il y a de fou dans le monde,
voilà ce que Dieu a choisi,
pour couvrir de confusion les sages ;
ce qu’il y a de faible dans le monde,
voilà ce que Dieu a choisi,
pour couvrir de confusion ce qui est fort ;
ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde,
ce qui n’est pas,
voilà ce que Dieu a choisi,
pour réduire à rien ce qui est"

* La traduction des béatitudes est celle de Soeur Jeanne-d'Arc

Homélie Épiphanie 2017

Épiphanie040B
Première Lecture : Isaïe 60.1–6
Psaume : Psaume 72.2, 7–8, 10–13
Deuxième Lecture : Éphésiens 3.2–3, 5–6
Évangile : Matthieu 2.1–12

Avec les Mages et Sheila, chantons!!!

Comment fêter l’épiphanie sans avoir en tête la chanson de Sheila! Rien qu’en l’évoquant, l’air nous revient et l'image de la chanteuse à couettes dansant sur un thème éminemment biblique.
Voici les paroles du refrain :
"Comme les Rois Mages en Galilée
Suivaient des yeux l´étoile du Berger
Je te suivrai, où tu iras j´irai
Fidèle comme une ombre jusqu´à destination"

Il ne s’agit sûrement pas de la meilleure interprétation biblique mais certaines expressions de cette chanson peuvent nous éclairer.
Sheila fait sûrement allusion à un homme qu’elle aime: « je te suivrai où tu iras j’irai, fidèle comme une ombre jusqu’à destination »
Elle compare donc cet amour à l’étrange visite des Mages à ce bébé né à Bethléem.
Elle les fait venir de Galilée alors qu’ils viennent de bien plus loin, d’Orient nous dit Matthieu.
Sheila leur donne le titre de rois alors que Matthieu n’en fait rien, il s’agit de Mages dont nous ne connaissons pas le nombre d’ailleurs.
La tradition leur donnera le titre de rois, leur donnera même des noms : Melchior, Balthazar et Gaspard.
Certaines traditions leur donneront même des origines différentes pour bien insister sur l’universalité du salut.
Mais là où Sheila nous dit quelque chose de théologique et de profondément spirituel, c’est que ces hommes sont habités par un réel désir comparable au désir amoureux et même à la passion.
Ils ont su lire dans les astres et suivre durant un long chemin une étoile les guidant non pas d’abord vers Jésus mais vers ceux qui savent où le messie roi doit venir.
Et ce sont les savants juifs de l’époque qui les renseignent.
Ce sont donc des païens, des non-juifs qui viennent pour se prosterner devant un bébé qu’ils reconnaitront comme roi avec l’or, comme Dieu avec l’encens et comme Dieu s’incarnant dans la vie humaine avec la myrrhe qui servait à embaumer les morts.
Étrange paradoxe, puisque des païens qui ne connaissent a priori rien à la fois juive révèlent sa profondeur et son attente depuis des siècles à des spécialistes de la foi juive qui eux n’éprouvent aucun désir de déplacement, pourtant Jérusalem n’est pas loin de Bethléem.
Le seul à évoquer ce désir de déplacement est Hérode mais nous savons par Matthieu que c’est pour tuer cet enfant qui risque bien de le détrôner.
Cet évangile est donc celui du désir, de la passion de la rencontre pour des hommes qui a priori ne portaient pas cette espérance.
C’est aussi l’évangile du non désir, du non déplacement, les scribes et les intellectuels de l’Écriture sont tranquillement installés dans leur connaissance et jugent les autres de haut comme s’il s’agissait d’un délire de voyageurs en mal d’aventures.
Enfin cet évangile est aussi celui du désir mortifère, celui d’Hérode.
Un désir de pouvoir unique à tenir par la violence et la mort, près à écraser celui qui pourrait lui voler la place.
Matthieu nous présente donc le désir incroyable des Mages pour rencontrer le Christ et subtilement il nous dévoile à la fin de l’évangile, qu’une fois ce désir comblé, les mages repartent par un autre chemin.
Bien entendu pour ne pas avoir à rendre des comptes à Hérode mais cet autre chemin est aussi le signe que lorsque nous avons rencontré le Christ notre désir n’a pas été comblé mais qu’il est comme transfiguré, ce que nous pourrions appeler la conversion.
En désobéissant à la demande d’Hérode, les mages refusent le désir de mal, le désir de mort, le désir de toute puissance.
Ils prennent un autre chemin car leur désir de rencontrer le Christ a été transfiguré en désir de vie.
En ce moment même nous vivons de désirs et particulièrement celui de continuer à rencontrer le Christ, sinon nous serions rester bien au chaud à la maison.
Mais le fait que nous soyons venus à cette messe est le témoignage fort de notre désir de rencontrer le Christ.
Alors bien entendu nous sommes sans cesse traverser par des désirs contradictoires, peut-être qu’en ce moment nous n’avons aucun désir, nous voulons rester bien tranquilles dans nos jugements de valeurs, dans nos vagues impressions à propos du Christ, de l’Église, de la Bible, des autres à l’image de ces scribes bien installés et qui auront raté le déplacement de leur vie.
Peut-être aussi sommes-nous traversés par des désirs de mort, de toute puissance, de mensonges pour mieux manipuler, pour tuer le Christ en nous, lui qui nous oblige tant à la conversion.
Mais nous sommes ici, dans cette église, nous avons vécu un déplacement, et peut-être que pour certains c’est aussi compliqué que pour les Mages.
Ce déplacement dit notre attachement au Christ, alors par quel chemin allons-nous rentrer chez nous ?
Bien entendu par le même par lequel nous sommes venus, mais par quel chemin intérieur allons-nous repartir ?
Le Christ viendra-t-il convertir nos désirs, viendra-t-il les transfigurer ?
Tous nos non-désirs, tous nos désirs de mort seront-ils convertis en désir de vie pour nous-mêmes et pour les autres ?
J’entendais une jeune femme qui se prépare à la confirmation dire: "après la messe du dimanche, je me sens en paix, toute la journée est transformée."
Avec son expérience, elle disait simplement cet autre chemin parcouru.
Et finalement Sheila nous indique peut-être un autre chemin avec la fin de sa chanson :
"Plaise au ciel que s´ouvrent les nuages
L´éclaircie dévoile le chemin
Plaise au ciel qu´au terme du voyage
Son triomphe soit le mien"
Notre triomphe est celui du Christ donnant sa vie sur la croix, invitation à donner la nôtre à nos sœurs et à nos frères en humanité.

Homélie 3ème dim. Avent, année A, 2016

3e dimanche de l’Avent023A
Première Lecture : Isaïe 35.1–6, 10
Psaume : Psaume 146.7, 8–9, 9–10
Deuxième Lecture : Jacques 5.7–10
Évangile : Matthieu 11.2–11

Je dépense, donc je suis???

« Je dépense donc je suis » citation de Descartes de crédit.
Je viens de vous lire une citation humoristique qui se promène en ce moment sur internet.
Il s’agit d’une paraphrase moderne de la célèbre maxime de Descartes: « je pense donc je suis »
Notre société de consommation nous plonge parfois dans ce « je dépense donc je suis », nous oblige parfois à être les fidèles disciples de ce maître Descartes de crédit.
Comme si le fait de devenir disciple de ses règles, de ses fonctionnements, nous donnait notre identité.
Surtout comme si notre identité était résumée à une seule portion de notre existence.
Avec ce trait d’humour « je dépense donc je suis », notre identité serait notre capacité à dépenser notre argent mais, nous le savons d’expérience, notre identité peut aussi être définie par un aspect physique, par nos choix politiques,
par nos attitudes religieuses, par un acte bon ou mauvais que nous avons posé, par une parole, par nos origines, par notre famille, par nos décisions, par nos fragilités, nos maladies, notre âge, notre situation affective par tant de choses qui nous traversent parfois temporairement mais qui deviennent des absolus disant la totalité de notre identité.
Dans l’évangile Jean-Baptiste et le Christ lui-même en font les frais.
Jean-Baptiste a une vie austère au désert donc son identité est d’être possédé, pour le Christ c’est bien pire, il mange et boit avec les pécheurs, les publicains donc son identité se résume à être un glouton et un ivrogne.
Il me semble que dans cet évangile nous est dévoilé un peu de l’identité de Jean et un peu de l’identité du Christ Jésus.
Il s’agit pour nous de quelques éléments de réponse à cette profonde question, qui peut-être nous agite : « es-tu celui que nous espérons ou devons-nous en attendre un autre ? »
En étant présents à cette messe, nous dévoilons profondément qui est le Christ-Jésus pour nous, en disant son identité nous découvrons un peu de la nôtre.
Nous ne disons plus « je dépense donc je suis », nous ne disons pas non plus « je pense donc je suis », nous proclamons « puisque tu es alors je suis ».
En effet, lorsque le Christ dévoile un peu de son identité, qu’il nous donnera de manière radicale en mourant sur la croix,
il nous révèle sa mission.
Le Christ Jésus pour nous dire qui il est, nous parle des autres et pas n’importe quel autre !
Lorsque le Christ nous dit son identité, il dévoile que les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, que les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, que les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle.
Non le Christ Jésus n’est ni ivrogne ni glouton, il est car en relation avec les plus pauvres.
Et Jean-Baptiste qui est-il ? Quelle est son identité ?
Est-il possédé parce qu’il vit dans le désert et se régale de sauterelles ?
Est-il le prisonnier condamné à mort ?
Est-il le grand prophète entouré de nombreux disciples ?
Eh bien non, il est le plus grand dans le Royaume des cieux mais cependant le plus petit est plus grand que lui !
Étrange formule qui nous rappelle: « les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers ».
Le Christ en nous parlant de Jean, nous révèle l’identité du Royaume.
Le plus grand des prophètes sera le plus petit dans le Royaume car personne, même Jean, ne mérite le Royaume, les prostitués et les publicains l’ont précédé, lui ont ouvert la porte du Royaume.
L’identité du Royaume c’est la fraternité.
Notre société française est très marquée par cette recherche d’identité mais bien souvent avec des replis très forts, des affirmations qui excluent.
Comment alors affirmer profondément son identité sans repli, sans exclusion ?
L’Esprit-Saint peut sûrement nous aider sur ce chemin difficile de l’Evangile.
Être profondément chrétien, c’est-à-dire vivre de cette relation au Christ sans exclure, sans nous replier dans un confort religieux.
Les identités du Christ et de Jean peuvent nous aider sur ce chemin de conversion.
L’identité du Christ se révèle dans la relation aux autres et principalement des plus pauvres.
Notre identité chrétienne n’échappe pas à cette rencontre de l’autre et particulièrement le plus pauvre.
Notre mission de disciples-missionnaires ne peut en aucun cas oubliee l’autre et encore moins le plus pauvre.
Il s’agit de notre identité chrétienne, de notre être chrétien.
L’identité de Jean nous révèle l’identité du Royaume qui est la fraternité universelle. L’identité chrétienne est tout entière bâtie sur cette espérance de la fraternité du Royaume.
Un Royaume déjà présent par la venue du Fils, par la venue de notre frère, c’est ce que nous célébrons chaque année à Noël et un Royaume que nous attendons dans la joie alors nous vivrons pleinement la communion de la fraternité.
Sœurs et frères, que notre identité de disciples-missionnaires ne soit pas exclusion mais accueil des autres et particulièrement les plus pauvres.
Sœurs et frères, que notre identité de disciples-missionnaires ne soit pas replis sur nous-mêmes en ayant peur du monde mais accueil d’une fraternité universelle, signe du Royaume à venir.

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