Homélie 3ème dimanche de carême, année B

Exode 20.1–17; Psaume 19.8–11; 
1·Corinthiens 1.22–25; Jean 2.13–25
 
 
Les doux rêveurs, tendres, gentils et un peu mous, ceux qui veulent ressembler à des anges n’apprécient que modérément cet évangile. Je ne parle pas de personnes fragiles ou en difficultés, je parle de ces tièdes que Dieu vomit, de ces tièdes qui fuient sans cesse le moindre conflit, bien hypocrites à souhait et qui s’accommodent de tout sous prétexte de ne jamais faire de vagues de peur d’être pris à défaut.
 

 


Voilà un évangile qui nous donne un visage de Jésus inhabituel, Jésus est violent, il est capable de s’enflammer, de poser des actes qui surprennent. Nous sommes loin de l’image que nous avons de lui marchant tranquillement avec ses apôtres, regardant tel ou tel pour lui annoncer la Bonne-Nouvelle de manière calme et sereine. Nous sommes très loin surtout d’une image fleur bleue d’un Jésus romantique aux couleurs pastel avec des colliers de fleurs et des câlins gentils.
Mais nous sommes loin aussi de cette violence qui peut se produire en nous, à nos côtés, lorsque nous avons peur de quelque chose ou de quelqu’un. Nous sommes loin de la violence de la guerre, loin de nos violences en voiture.
La violence, ici exprimée par Jésus est de l’ordre de l’amour passionné pour les hommes et pour son Père.
Le Temple est la présence de Dieu pour les juifs. C’est dire si les commerçants présents dans le Temple commettent un péché très grave.
Ils confessent ouvertement que leur dieu n’est plus celui de la première lecture, qui fait alliance avec son peuple mais un dieu qui leur permet de vivre financièrement, un dieu bien matériel, un dieu qui fait fructifier le porte-monnaie. Ce dieu terrible qui nous permet de tout relativiser, ce dieu qui s’initie dans notre vie comme une gangrène qui amène aux pires folies : ce dieu se nomme argent ou pouvoir.
C’est un dieu fabriqué à notre image et qui peut écraser les autres lorsqu’ils ne nous conviennent plus.
Voilà le dieu que Jésus chasse avec violence du Temple. Voilà le dieu qui s’était mis en rivalité avec le Dieu de l’Alliance. Voilà ce dieu subtil du pouvoir et de l’argent qui avait réussi à prendre toute la place dans le Temple.
La violence de Jésus montre combien il est passionné de l’humanité et de cet amour du Père pour l’humanité.
Dans le mot violence nous pouvons entendre le mot vie et c’est la vie que Jésus défend avec autant de force.
En effet, le dieu du pouvoir ou de l’argent nous mène insensiblement vers une mort certaine car il nous enferme peu à peu sur nous-mêmes pour ne plus percevoir notre frère.
Et les juifs réclament un signe car le messie, celui qui a reçu l’onction de Dieu doit leur en donner un.
Le signe définitif, scandale pour les juifs et folie pour les païens, c’est la mort et la résurrection de Jésus le Fils.
Le Temple est signe de la présence efficace et vivante de Dieu.
Le nouveau Temple c’est le corps même de Jésus. Ce Temple sera détruit, totalement détruit sur la croix pour être totalement renouvelé, reconstruit, remis debout à la résurrection.
Un corps nouveau apparaît, une présence extraordinaire de Dieu témoigne de son amour passionné.
Ce corps c’est la communauté chrétienne.
L’Église n’est pas d’abord une institution pour bien vivre entre chrétiens. L’Église est un organisme vivant, vivifiée par l’Esprit. Elle est le Corps-du-Christ, présence de l’Esprit dans le monde.
Si chacun d’entre nous a été plongé dans les eaux du baptême c’est bien pour appartenir à ce corps, pour être en communauté, présence du Christ ressuscité, présence de Dieu dans l’humanité.
Cependant, il y a dans cette communauté comme en chacun de nous, le dieu du pouvoir et de l’argent qui rôde et il y a toujours l’Esprit qui est là pour veiller, pour nous aimer et pour chasser ces goûts du pouvoir, de la domination, de la convoitise, de la jalousie, de la peur…
Nous employons souvent l’expression « il faut nous faire violence ! » pour exprimer la difficulté que nous avons à faire telle ou telle chose ou à rencontrer telle ou telle personne.
Pour vivre passionnés du Christ et passionnés de l’humanité à qui nous annonçons la bonne nouvelle, il nous faut nous faire violence pour que l’Esprit chasse de nous les préjugés de tous styles, les critiques à l’emporte-pièce, les jalousies ou les rancœurs souvent infondées, le racisme rapide ou l’intolérance exacerbée. Paradoxalement, il faut nous faire violence pour accueillir la paix en nous.
L’Église, la communauté chrétienne est bien le corps du Christ mais pas encore en plénitude parce qu’elle est en marche.
L’Église doit donc apprendre à entendre l’Esprit qui travaille en elle. Elle doit apprendre à se convertir, à chasser le dieu du pouvoir et de l’argent.
Mais l’Église n’est pas simplement le pape et les évêques. Elle est d’abord et en totalité constituée de baptisés ! Ainsi le Concile nous dit : « L'Esprit habite dans l'Église et dans le cœur des fidèles comme dans un temple (cf. 1Co 3,16; 6,19), en eux il prie et atteste leur condition de fils de Dieu par adoption (cf. Ga 4,6; Rm 8,15-16 8,26). Cette Église qu'il introduit dans la vérité tout entière (cf. Jn 16,13), et à laquelle il assure l'unité dans la communion et le service, il l'équipe et la dirige grâce à la diversité des dons hiérarchiques et charismatiques, il l'orne de ses fruits (cf. Ep 4,11-12; 1Co 12,4; Ga 5,22). Par la vertu de l'Évangile, il rajeunit l'Église et il la renouvelle sans cesse, l'acheminant à l'union parfaite avec son époux. L'Esprit et l'Épouse, en effet, disent au Seigneur Jésus: "Viens" (cf. Ap 22,17). Ainsi l'Église universelle apparaît comme un "peuple qui tire son unité de l'unité du Père et du Fils et de l'Esprit-Saint". » (Concile Vatican II, constitution dogmatique sur l’Église, Lumen Gentium n°4)
C’est dire si nous sommes appelés avec passion, et non dans la tiédeur ou la mollesse, à ouvrir les portes du Temple pour que l’Esprit y soit présent en totalité et sans la rivalité de nos petits dieux taillés à notre image.
Comme le Christ Jésus, il nous faut passer par des morts en nous, mourir à nos pseudos fiertés, nos réflexions à la mode, nos petites habitudes bien tranquilles pour vivre pleinement et passionnément de cet amour sans limite du Dieu de la Vie.
Allons annoncer à nos frères que le Temple c’est le Corps-du-Christ, il est ouvert à tous, il est présence aimante de Dieu car la folie de Dieu est plus sage que l’homme et la faiblesse de Dieu est plus forte que l’homme.

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