Pourquoi les chrétiens ne suivent-ils pas les lois perpétuelles données à Israël ?

 du site aleteia.org - Questions de fond

« Je ne suis pas venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » Jésus ne revient pas en arrière dans l’observance des commandements. Mais il inaugure la « Nouvelle Alliance », dont le code est, lui aussi, renouvelé par rapport à celui de l’Alliance avec Moïse.

  • 1. 

Le débat fut vif aux premiers temps de l’Église : les païens convertis devaient-ils être soumis aux obligations juives ? La réponse fut négative.

Les tout premiers chrétiens étaient des juifs : l’observance des commandements ne posait pas problème

Les Actes des Apôtres nous les montrent se rendant au Temple à l’heure de la prière (3, 1). Ils nous montrent aussi, à plusieurs reprises, Paul se rendant à la synagogue le jour du sabbat.

Mais que faut-il faire avec des païens qui se convertissent au Christ ?

Puisque « le salut vient des Juifs »,  comme dit Jésus à la Samaritaine, les convertis doivent-ils commencer par judaïser ? Les hommes doivent-ils être circoncis ? Paul proteste : lui, « hébreu fils d’hébreux, quant à la Loi, un pharisien », il n’a pas été sauvé par la Loi.  Et pourtant, il était « irréprochable quant à la justice que peut donner la Loi. »

A Antioche, la « discussion fut assez vive »

Finalement, à Jérusalem, « les apôtres et les anciens se réunirent pour examiner cette question. » Aux païens convertis, il sera seulement demandé de ne pas pactiser avec les idoles, de ne pas nouer d’unions illégitimes et d’observer deux règles alimentaires remontant au temps de Noé (Actes 15).  

  • 2. 

Jésus a été un juif religieux. Il a pris parti dans les questions touchant à l’observance du sabbat. Il a transgressé certaines traditions censées favoriser la fidélité à la Loi.

Jésus était un juif si pratiquant qu’il pouvait dire : « Qui d’entre vous me convaincra de péché ? » (Jean 8,46)

Jésus fut circoncis le 8ème jour après sa naissance. Il fut présenté au Temple. A partir de douze ans, il monta à Jérusalem pour les fêtes. Il inaugure son ministère, selon saint Luc, en se rendant, « selon sa coutume, le jour du sabbat, dans la synagogue » de Nazareth. Les pharisiens lui reprocheront de partager la table de pécheurs publics mais pas de manquer aux règles de la cuisine casher. Comme les juifs religieux d’aujourd’hui, il portait même des franges à son vêtement (Matthieu 6, 56).
Les Évangiles ne le montrent jamais offrant un sacrifice. Il ne dit rien à propos de la circoncision. A la Cananéenne, il dit n’être envoyé qu’aux « brebis perdues de la maison d’Israël » (Matthieu 15, 24). Mais il prend position sur la question du sabbat. Jusqu’où doit aller l’obligation de n’accomplir aucun travail ce jour-là ? Les écoles rabbiniques n’étaient pas d’accord sur ce point. Le Premier Livre des Macchabées (un siècle avant Jésus-Christ) légitimait déjà la légitime défense le jour du sabbat. Jésus va plus loin et ce sera une des accusations portées contre lui. Ce jour est destiné à honorer Dieu : comment mieux l’honorer qu’en guérissant les malades (Matthieu 12, 10) ?
Le nom de « pharisien » provient peut-être d’une racine signifiant la séparation. Le bon juif devrait se séparer, se purifier de tout ce qui pourrait le souiller (Marc 7, 4). A plus forte raison, doit-il se tenir éloigné des pécheurs. Or Jésus fait le contraire, car ce sont les malades qui ont besoin du médecin (Matthieu 9, 12). 

  • 3. 

Le Christ accomplit le sacrifice parfait dans sa mort et sa résurrection.

L’Écriture enseigne que le rituel n’est pas l’essentiel aux yeux de Dieu

La plupart des « lois perpétuelles données à Israël » concernent le rituel des sacrifices, dans les livres de l’Exode, du Lévitique et des Nombres. Or déjà les prophètes avaient enseigné que le rituel n’était pas l’essentiel aux yeux de Dieu. Le livre d’Isaïe s’ouvre par une expression de dégoût : « Que m’importent vos innombrables sacrifices… Vos réunions, mon âme les hait » (Isaïe 1, 11-15). Jésus citera, en partie, un oracle du prophète Osée : « C’est l’amour qui me plaît et non les sacrifices, la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes » (Osée 6, 6 ; Matthieu 9, 13 et 12, 7).
Quelles que soient les religions, le sacrifice a toujours pour but de concrétiser le désir qu’a l’être humain de s’offrir complètement à Dieu. Pour ne pas braver l’interdit du suicide, il se fait représenter par des produits de la nature ou par des animaux.

Jésus seul est allé au bout de la logique du sacrifice

Dans sa Passion, « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à l’extrême » (Jean 13, 1). Il ne s’est pas suicidé mais il a donné la preuve de son amour absolu envers son Père et envers les hommes. Sa résurrection au troisième jour manifeste que cette mort n’était pas un échec mais l’entrée, définitive, dans la vie.
Dès lors, les sacrifices de l’ancienne Alliance se trouvent périmés, en même temps qu’ils reçoivent leur achèvement, comme l’explique longuement l’épître aux Hébreux (chapitres 8 à 10).   

  • 4. 

La Loi n’est pas abolie mais accomplie par l’Esprit du Christ, dans lequel nous avons été baptisés et confirmés.

Jésus invite à dépasser la Loi

Dans le Discours sur la Montagne, Jésus annonce : « Je ne suis pas venu abolir la Loi ou les Prophètes ; je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Matthieu 5, 17). Il précise qu’il n’est pas question d’amoindrir la Loi. Bien au contraire, ce qui suit est construit sur le schéma : « On vous a dit (dans la Loi) et moi je vous dis… » Et ce qu’il dit, c’est d’aller jusqu’à aimer ses ennemis et de prier pour ses persécuteurs (Matthieu 5, 17 et 44). Il réalisera lui-même, sur la Croix, la parole qu’il a prononcée sur la Montagne, au début de son Ministère : « Père, pardonne-leur… Entre tes mais, je remets mon esprit. »

Pour que ses disciples puissent entrer dans la logique du salut par la Croix, le Christ leur envoie l’Esprit Saint

Le début des Actes des Apôtres montre bien que, jusqu’à la Pentecôte, les disciples n’ont rien compris. Ils sont toujours dans la logique, tout humaine, de la réussite (Actes 1, 6).

Le chrétien est une « créature nouvelle »

Il a, par le baptême, « revêtu l’homme nouveau ». Sur la Croix, le Christ a « supprimé la Loi des préceptes avec ses ordonnances » (Éphésiens 2, 15). Aux Galates, Paul reproche avec véhémence d’être retombés dans les pièges du ritualisme et du formalisme : « C’est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. Donc, tenez bon et ne vous remettez pas sous le joug de l’esclavage » (Galates 5, 1). « Laissez-vous mener par l’Esprit … Si l’Esprit vous anime, vous n’êtes pas sous la Loi … Puisque l’Esprit est notre vie, que l’Esprit nous fasse aussi agir » (Galates 5, 16, 18 et 25).

Mais il ne faut pourtant pas s’y méprendre : pour un disciple de Jésus, la liberté n’est pas celle de l’indifférence, mais celle du Christ

Si bien que Paul professe qu’il « n’est pas sujet de la Loi », mais qu’il n’est pas « sans une loi de Dieu, étant sous la loi du Christ » (1 Corinthiens 9, 20-21). Pierre et Jacques parlent d’une « loi de liberté » (Jacques 1, 25), alors que, dans le vocabulaire courant, « loi » et « liberté » sont deux mots presque contradictoires.

A Antioche et à Jérusalem, Paul avait plaidé avec passion pour que les païens convertis ne soient pas soumis aux observances juives

Ce n’était pas, à ses yeux, une simple question disciplinaire ou un enjeu tactique. Le cœur de la foi chrétienne était en cause. Est-ce par l’observance, forcément imparfaite, de la Loi que nous sommes sauvés de la mort et devenons enfants de Dieu ? Ou est-ce par la foi au Christ Jésus et le don de son Esprit ?

  • 5. 

Les chrétiens ont aussi, comme les Juifs, leurs lois et leurs fêtes. Elles se réfèrent à Jésus-Christ, le Sauveur.

La vie sociale et même la vie personnelle a besoin de règles pour ne pas sombrer dans le chaos

Pour décrire le comportement du disciple de Jésus, le Catéchisme de l’Eglise catholique, comme ses devanciers, suit l’ordre des dix commandements, dix « paroles de vie » données à Moïse pour que le peuple d’Israël les garde au bénéfice du monde entier.

Les 10 commandements ne sont pas abolis mais ils prennent un sens nouveau en référence à Jésus

Nous devons toujours nous garder d’adorer les images et nous sommes invités à observer un repos de repos hebdomadaire. Mais ces commandements, comme tous les autres, prennent un sens nouveau, en référence à Jésus-Christ. L’Image de Dieu, c’est Jésus : « Qui m’a vu a vu le Père. » La vénération des images n’est légitime que si elles conduisent à l’adoration du seul Seigneur. De même, le sabbat qui clôturait la semaine s’accomplit dans le dimanche qui ouvre les temps nouveaux et annonce le repos de la Résurrection (Hébreux 4).

La référence au Christ est particulièrement nette pour le mariage

Jésus avait rappelé la parole de la Genèse : « L’homme quittera son père et sa mère… » Les prophètes avaient employé l’analogie du mariage pour évoquer l’alliance de Dieu et de son Peuple. Saint Paul l’applique à l’alliance du Christ et de l’Église (Ephésiens 5, 32). « Ce mystère est grand » : morale et mystique se rencontrent.

Deux des fêtes principales en Israël, Pâque et Pentecôte, se retrouvent dans la liturgie chrétienne

A Pâque, nous fêtons la libération, non plus de l’Egypte, mais du péché et de la mort. A la Pentecôte, nous célébrons le don, non plus seulement de la Loi, mais de l’Esprit Saint qui habite en nos cœurs, comme le prophétisaient Jérémie (31, 33) et Ezéchiel (36, 26-27).

La circoncision se retrouve dans le baptême, circoncision du cœur (Deutéronome 30,6)

Les enfants mâles reçoivent le signe de leur appartenance au peuple d’Israël par le signe de la circoncision. Hommes et femmes de tous les peuples deviennent chrétiens par le baptême que saint Paul appelle la « circoncision du Christ » (Colossiens 2, 11), la circoncision du cœur qu’entrevoyaient le prophète Jérémie (4, 4) et le livre du Deutéronome (30, 6) : « Le Seigneur ton Dieu circoncira ton cœur et le cœur de ta postérité pour que tu aimes le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme, afin que tu vives. »

A travers l’accomplissement, la Loi n’est pas abolie, mais elle est assumée et transformée

En portant à leur accomplissement les commandements et les rites de l’Ancienne Alliance, la Nouvelle ne les supprime pas. Elle les assume et les transforme, leur donnant leur sens plénier et leur destination universelle. 

Mgr Jacques Perrier

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