Témoignage exceptionnel !

Bulletin Europe Chrétienne septembre 2017

Chers amis,

carte coreeC’est une tradition chez les catholiques français en particulier : depuis des siècles ils soutiennent leurs frères partis aux quatre coins du monde annoncer l'Evangile aux peuples qui l'ignorent ou l'ont oublié...Etant donné l'urgence de la situation, nous avons décidé de consacrer cette lettre d'information entièrement à la mission de notre ami prêtre en Corée du sud.

Nous vous avons déjà parlé de ce prêtre missionnaire des Missions Etrangères de Paris, depuis plus de 25 ans en Corée du sud, qui s'évertue à sauver les Nord- Coréens qui fuient le régime atroce de leur pays et se retrouvent traqués en Chine. Il a déjà sauvé des dizaines et des dizaines de ces malheureux... et c'est loin d'être terminé. La Corée du nord est actuellement à la une des médias qui sonnent l'alerte à juste titre. L'heure est grave mais curieusement rien n'est dit du sort des Nord-Coréens qui fuient leur pays. En mars dernier le Père Philippe Blot a décidé de rompre le silence, de parler à visage découvert au péril de sa vie. Voici, avec son accord, de larges extraits du témoignage qu'il a donné à Notre-Dame de Paris. 

Il commence par le constat suivant :

 « Comme vous le savez, depuis plus de soixante ans. La Corée, appelée le « pays du matin calme », est coupée en deux à la suite d'une guerre fratricide particulièrement meurtrière...

Dans un premier temps, comme prêtre des Missions Etrangères de Paris, intégrant une équipe d'une ONG, j'ai pu me rendre en Corée du Nord, et, malgré la surveillance constante des policiers, j'ai pu vérifier la véracité de certains reportages et de nombreux témoignages recueillis auprès des réfugiés nord-coréens.

D'abord dans les hôpitaux, la situation est dramatique: pas d'antibiotiques, ni de pansements, ni même de savon... Je ne vous donne qu'un exemple : pour les perfusions, à la place des flacons de sérum, ils utilisent des bouteilles de bière remplies d'eau sucrée bouillie.

J'ai pu visiter des écoles à Pyongyang, la capitale de la Corée du Nord : elles illustrent la sous-alimentation chronique de toute une population, qui ne touche pas, bien évidemment, les apparatchiks du régime. Il faut savoir qu'un enfant nord-coréen âgé de 7 ans mesure en moyenne vingt centimètres de moins, et pèse dix kilos de moins qu 'un enfant en Corée du Sud. Et son grand frère de 14 ans donne l'impression d'en avoir 9 ou 10 !

Les réfugiés sont unanimes pour dire que, en Corée du Nord, « il faut soudoyer tel membre du parti ou tel militaire pour obtenir des produits de première nécessité ». La corruption est donc monnaie courante.

J'ai aussi été étonné de ne pas voir de personnes handicapées... En fait, le régime nord-coréen, raciste et eugéniste, est obsédé par la pureté de la race, dont les personnes qualifiées d ' « anormales » ne font pas partie. Par conséquent, elles sont expulsées des grandes villes.

Comment décrire en peu de mots ce régime communiste ? La Corée du Nord est un pays si fermé que personne ne peut y entrer et circuler librement sans visa, y compris Dieu, ajoutent les réfugiés en guise de boutade. Les deux principaux piliers de la répression sont, d'une part, le contrôle clé tous les déplacements de la population et, d'autre part, l'ignorance du monde extérieur... si bien que les réfugiés nord-coréens qui ont réussi à fuir découvrent, ahuris, une tout autre réalité que ce que l'on leur a raconté depuis leur naissance. Ils évoquent tous la propagande marxiste effrénée envers la population pour en faire des zombies soumis au parti communiste... Le dictateur est présenté comme un véritable « dieu », référence incontournable de tous les discours, de tout l'enseignement, de toutes les informations... La dynastie des « Kim », Kim Il-sung, Kim Jong-il, Kim Jong-un, du grand-père au petit-fils, actuellement au pouvoir, fait l'objet d'une propagande délirante, avec ses trente mille statues et portraits géants, dispersés dans toutes les villes et tous les villages, et ces slogans écrits sur d'immenses panneaux exposés dans toutes les rues. Les Nord-Coréens s 'épient entre voisins, entre collègues, et se dénoncent entre eux s "il y a manquement aux devoirs envers le « Grand Leader ». Après l'arrestation du coupable, on réunit la population et la famille pour condamner publiquement les transgressions du pseudo-délinquant , tous assistent à son exécution capitale. H existe cependant une alternative: le camp de rééducation. »

Dans ce contexte effrayant la grande question est : y-a-t-il encore des chrétiens en Corée du nord ? Réponse :

« Parlons justement des camps de déportation, ce qui me donnera l'occasion défaire le point sur la présence des chrétiens dans ce pays. Le recoupement des témoignages, et les observations des satellites occidentaux, permettent d'estimer que les personnes détenues dans ces véritables camps de concentration, sont entre cent mille et deux cents mille. La brutalité des gardiens est le pain quotidien de ces prisonniers, qui travaillent seize heures par jour, subissent des tortures atroces, sans compter les exécutions publiques des récalcitrants...

Parmi ces « prisonniers politiques », ceux qui subissent les plus mauvais traitements sont les chrétiens considérés comme des espions, des «antirévolutionnaires de première classe ». Ils seraient treize mille, selon le régime, mais entre vingt et quarante mille, selon les organisations humanitaires. Ils font l'objet d'un traitement particulièrement cruel: on les crucifie, on les pend à des arbres ou sur des ponts, on les noie, ils sont brûlés vif... Certains témoins évoquent des tortures si horribles que la décence m "interdit d'en faire état devant vous...

Pour les dirigeants de la Corée du Nord, toute religion doit être bannie - c 'esl-à-dire autant le christianisme que le bouddhisme, car, comme le dit le « catéchisme » marxiste, elle est « l'opium du peuple ». Les Nord-Coréens ignorent ce qu 'est une Bible, et donc qui est Dieu. Il y a quelques années, le gouvernement a ouvert, à grand renfort de propagande, une église catholique, un temple protestant, et une église orthodoxe dans la capitale, mais ce ne sont que des simulacres ! Malgré tout cela, il existe une Eglise souterraine en Corée du Nord, qui fait l'objet d'une persécution continue. Aux réfugiés nord-coréens à qui je posais cette question: « Avez-vous entendu parler ou vu l'un de vos voisins arrêté, parce qu "il a été pris en flagrant délit de prier chez lui ou dans un endroit tenu secret ? », plusieurs m 'ont répondu affirmativement. Et certaines informations parviennent à filtrer : ainsi, il y a deux ans, une femme enceinte de 33 ans, arrêtée en possession de vingt Bibles, a été rouée de coups et pendue par les pieds en public. En mai 2010, on a arrêté vingt chrétiens qui faisaient partie d'une Eglise « clandestine » : trois d'entre eux, les responsables, ont été aussitôt mis à mort, et les autres déportés. On pense que, depuis 1995,  au moins cinq mille chrétiens ont été exécutés uniquement parce qu 'ils priaient secrètement ou distribuaient des Bibles. Beaucoup de ces chrétiens nord-coréens le sont devenus en raison de la présence de missionnaires étrangers à la frontière chinoise. On sait aussi que deux pasteurs américain et canadien, d'origine coréenne, sont actuellement enfermés dans des camps de prisonniers politiques en raison de leur aide aux réfugiés... »

Réfugiés de Corée du NordUne seule solution : la fuite... mais elle est presque  impossible sans argent et sans l'aide de personnes à l'extérieur qui engagent leur propre vie :

« J'ai rencontré des réfugiés dans un pays limitrophe de la Corée du Nord, qui, s'ils sont arrêtés, risquent leur rapatriement de force, donc la prison, la torture, les camps et la mort. Si, sans ce pays voisin de la Corée du Nord, ils ne sont pas rapatriés, ils risquent de tomber dans les griffes d'organisations criminelles de trafics d'organes et de prostitution : les femmes et les petites filles coréennes peuvent être kidnappées par des gangs et vendues à des paysans, ou pire, à des tenanciers de maisons closes. Une jeune fille coréenne peut être vendue pour 800 à 1200 dollars...

Depuis plus de soixante ans, des milliers de Nord-Coréens ont tenté de gagner un pays libre, mais ce n 'est pas simple. Il faut passe/' par la Chine, qui refuse de reconnaître le statut de réfugiés à ceux qu 'elle persiste à considérer comme des « immigrés illégaux ». Sans papiers, et donc clandestins, nombreux sont ceux qui travaillent comme ils peuvent, mal payés, maltraités, sans aucun droit, à la merci de l'employeur...

En rencontrant les réfugiés nord-coréens, j'ai entendu des récits tellement insupportables que des larmes de souffrance et de honte coulaient de mes yeux... Comment des êtres humains peuvent-ils commettre de telles atrocités '.' Comment tant de vies humaines peuvent-elles être piétinées dans la plus grande indifférence ?

Alors, en tant que missionnaire, en tant que prêtre catholique, je parle, ici au nom de tous ces Coréens qui, depuis plus de soixante ans, vivent l'un des plus longs chemins de croix de l'histoire de l'humanité... Je parle au nom de ceux à qui on prélève un organe, à qui on arrache un œil ou un membre, sans anesthésie, pour les transplanter à de riches Chinois, Japonais ou autres... ! Je parle au nom de ces jeunes filles victimes des marchands d'esclaves ! »

Terrible actualité dont personne ne parle ou même niée par les esprits pétris d'angélisme voir coupables de complicité : il y a quelques jours, une cinquantaine de ces malheureux, faute d'avoir été exfiltrés à temps, ont été arrêtés par la police chinoise aidée par les services secrets nord-coréens. Pas de pitié. Tout est fini pour eux.

« La fuite de ces milliers d'hommes, femmes et enfants représente un fait majeur dont il faut souligner l'aspect politique et diplomatique. Malheureusement, les pays voisins de la Corée du Nord, ou plus lointains, en Europe, en Amérique... ne réclament que quelques changements au nom des « droits de l'homme », sans remettre en cause le statu quo actuel, au nom, disent-ils de l' « équilibre des relations internationales », qui garantit une « paix de compromis », ce qui repousse aux calendes grecques la libération de la Corée du Nord, et donc aussi la réunification du pays ! En conclusion, si l'on en reste aux stricts calculs géopolitiques, les vingt-trois millions de Nord-Coréens risquent d'attendre longtemps avant de voir leur sort s 'améliorer radicalement... A moins d'une intervention de Dieu, que nous prions chaque jour ardemment pour ce peuple crucifié et qui aspire à la réconciliation, à la réunification et à la paix. »

Constamment, par moyens détournés, le Père reçoit des appels à l'aide (beaucoup de mères avec leurs enfants)... Il s'apprête à essayer de sauver une vingtaine de réfugiés en novembre prochain...Ne restons pas indifférents ! Un sauvetage a un coût financier important. Nous vous lançons un appel urgent ! (chèques à l'ordre d'Europe Chrétienne-Corée du nord). MERCI.

Le Père Blot célèbre la messe régulièrement pour nous tous. Nous aussi, prions pour lui et pour ses réfugiés.

EUROPE CHRETIENNE  12 bis rue Sainte-Adélaïde   78000 VERSAILLE
tel 01 39 51 67 47  -  06 86 43 62 83
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A lire ou à relire

Voulez-vous en savoir davantage sur ce que subissent les Nord-Coréens qui fuient leur pays ?

je voulais juste vivreLisez «Je voulais juste vivre» par Yeonmi Park (éditions Kero, février 2016) :

Présentation de l'éditeur

  1. Après des années de privations et de harcèlement, par une nuit glaciale, Yeonmi, 13 ans, et sa mère réussissent à traverser le fleuve Yalu qui marque la frontière entre la Corée du Nord et la Chine. Elles laissent derrière elles leur pays natal et ses horreurs : la faim, la délation constante et surtout une répression impitoyable. Mais leur joie n'est que de courte durée. Rien ne les a préparées à ce qui les attend entre les mains des passeurs. Après plusieurs années d'épreuves inhumaines et un périple à travers la Chine et la Mongolie, Yeonmi atteint finalement la Corée du Sud.
    À 23 ans, Yeonmi est désormais une combattante : c'est l'une des plus influentes dissidentes nord-coréennes et une activiste reconnue des droits de l'homme.
     
    Un long périple vers la liberté, raconté dans un livre bouleversant

Biographie de l'auteur

Yeonmi Park est née en 1993 dans une famille de fonctionnaires en Corée du Nord, pays dont elle s’est enfuie avec sa mère. Aujourd’hui, elle étudie le droit aux États-Unis. Fervente militante des droits de l’homme, elle est connue dans le monde entier pour sa lutte envers la population nord-coréenne. 

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